L'HÉRITAGE ÉTHIOPIQUE, UNE HISTOIRE GRAVÉE DANS LE VINYLE

Par Marion Paoli - 15 janvier 2017

Ethiopia… la voix de Girma Bèyènè souffle les trois syllabes comme une ode. Le rythme sert la louange et c’est bien d’un hymne qu’il s’agit. Celui qu’un groupe d’artistes, Akalé Wubé, adresse à une musique qui marque les esprits et celui qu’un chanteur adresse à son pays pour l’avoir retrouvé enfin. Leur rencontre repose sur la passion d’un érudit passionné, Francis Falceto.

Tous ceux qui ont croisé un jour la terre éthiopienne savent que ce pays joue un rôle à part dans le continent africain. Il est le plus ancien territoire chrétien après la Grèce, demeuré orthodoxe en rupture avec l’église romaine, celui qui a résisté à toutes les invasions musulmanes et le seul à ne pas avoir subi la colonisation. Sa configuration géographique n’est pas pour rien dans son histoire et dans le caractère altier de sa population. Dans les années 60, 70, les oreilles et les regards occidentaux se tournaient vers ce que la scène musicale, sociale, culturelle leur renvoyait de l’aspiration légitime des nouvelles générations à tourner le dos à ce qui hantait les esprits, la 2ème Guerre mondiale. Pour les pays qui gagnaient peu à peu leur indépendance et mettaient un terme aux colonies, les relations radiophoniques, télévisées, étaient déjà établies, les capitales reliées entre elles. Des deux côtés, ceux qui révolutionnaient la jeunesse, la faisaient tournoyer et vibrer, s’appelaient Little Richard, Chuck Berry, Ray Charles... Ils traversaient les ondes, se posaient dans les cafés via les transistors, les juxe-box ou le petit écran. Les musiques latino-américaines, le Rhythm & Blues, la Soul infiltraient l’Afrique au même titre que l’Europe. Tandis que les cheveux des garçons dépassaient la longueur admise, les jupes des filles raccourcissaient au grand dépit des autorités et des bonnes mœurs. Les années 68 feraient croire à un printemps définitif, une nouvelle ère où le mot liberté faisait tomber toutes les barrières. Si tous ne partageaient pas la même fièvre, les images circulaient, troublantes et gaies.

Il se trouve que l'Éthiopie avait vécu la deuxième Guerre Mondiale à travers l'occupation italienne de 1935, avec une tentative de conquête à l'arme chimique qui avait laissé indifférentes les nations préoccupées par la montée du nazisme. Dans ce pays libéré en 1941, le sursaut était semblable. Seulement, sans les relations d’hégémonie occidentale, l’éclat des orchestres institutionnels éthiopiens, comme celui de la Garde Impériale, de la Police, de l’Armée, du Théâtre Haylè-Sellassié ou de la Municipalité d’Addis, et des orchestres privés ne franchissaient aucune lisière, hertzienne ou terrestre. Toute cette dynamique demeurait d’autant plus secrète qu’à la destitution de l’empereur Haylè Sélassié en 1974, après quelques années d’érosion du pouvoir, succédait une dictature sanglante avec à sa tête le Derg, junte militaire dont Mengistu Haile Mariam serait l’un des principaux dirigeants, jusqu’en 1991. Si la répression ne tue pas la musique, l’esthétisme martial la dissout et en éloigne les musiciens qui choisissent la discrétion ou l’exil. « D’autres caractéristiques liées à la culture et au tempérament des hommes, empêchaient la promotion de la musique au-delà des frontières : d’une part la conviction éthiopienne que pour apprécier « leur » musique il était indispensable d’en comprendre les paroles, ce qui en excluait l’étranger, d’autre part l’absence de considération envers le musicien, azmari, ménestrel itinérant estimé d’une condition inférieure », ajoute Francis Falceto. Pour toutes ces raisons, entre 1950 et 1970, l’Éthiopie a connu une effervescence musicale incomparable, un véritable âge d’or, qui n’a pas débordé son territoire.

La scène se passe en avril 1985 entre connaisseurs de la musique du monde auxquels un régisseur de théâtre, fraichement revenu d’une tournée dans des centres culturels français, veut faire écouter un disque acheté à Addis Abeba. Sur la pochette, l’écriture est inconnue, incompréhensible. Sous le diamant surgit un rythme renversant, inouï, jamais entendu. Le choc est instantané et irréversible. Francis Falceto a raconté dans de nombreuses interviews et récits le frisson ressenti à l’écoute du « Erè Mèla Mèla » de Mahmoud Ahmed, l’un des musiciens les plus importants de la musique éthiopienne des années 60,70. Après s’être assuré auprès de journalistes spécialisés dans quelques rédactions parisiennes, auxquels il envoie une copie de l’enregistrement, qu’il s’agit bien d’une musique incroyable et surtout inconnue, il décide de la faire entendre et de la produire. Son intuition immédiate est que le chapitre éthiopien correspond au chainon manquant dans l’histoire de la musique africaine.

Francis Falceto & Girma Béyènè @Cyril Fussien

Francis Falceto & Girma Béyènè @Cyril Fussien

De manière plus symbolique, Francis Falceto ne sait pas qu’il vient de rencontrer l’Éthiopie au sens allégorique du terme et que cela change le cours de sa vie. Un an plus tard, après avoir recueilli des informations auprès de l’unique restaurant éthiopien en France qui se trouve à Paris, il s’envole pour la première fois en Afrique, à destination de Addis Abeba. « J’ai pris une grande claque ». C’est la phrase qui résume la révélation. Il découvre la réalité de la dictature et l’impossibilité de faire sortir un musicien, en même temps que la diversité et la  dynamique musicale incroyablement moderne qui a précédé. « Il n’existait aucune littérature sur le sujet et j’ai commencé à me renseigner pour comprendre pourquoi cette musique était aussi belle et aussi inconnue, comment elle s’était développée sous un régime impérial, comment elle périclitait sous la dictature et surtout, comment récupérer les disques, les cassettes… ». La musique qui lui plaît le plus a été publiée en vinyle et par coïncidence, la révolution correspond au début des cassettes, ce qui change complètement la distribution avec le début du piratage. « Tout cela m’a paru passionnant à débroussailler. » Pour le corpus dont il va remonter le fil, il crée en 1996 la célèbre collection « Éthiopiques » qui recense au fil des volumes publiés, les titres, les artistes. Il va étudier l’identité musicale éthiopienne et son enracinement dans la tradition de la puissante Église copte orthodoxe, avant les premières influences musicales européennes de l’époque baroque, jusqu’à ce jour où, au lendemain de la victoire d’Adoua contre les Italiens en 1896, le tsar Nicolas II offrit un kit de fanfare à la cour impériale.

On doit à l’enthousiasme de Francis Falceto l’histoire de la musique éthiopienne et de la bascule vers la modernité, l’appropriation des instruments et notamment des cuivres, l’intégration des influences européennes et américaines, l’inventaire des orchestres, des clubs, des hôtels. Respectueux de son travail, les Éthiopiens n’ont jamais entravé sa recherche, même s’il reconnaît qu’il n’est pas très facile de travailler en Éthiopie quand on est un fèrendj, étranger. « Il faut être un peu masochiste, mais quand on trouve, c’est génial. » Auprès d’eux, il a appris l’amharique, traduit des textes, tissé des liens profonds avec une civilisation qui le séduit et le passionne autant qu’elle l’exaspère. À force d’y séjourner, d’y avoir ses repères – il fréquente le même hôtel gouragué depuis vingt ans - et d’en distinguer les variations musicales aussi bien que les fantaisies humaines, il en est devenu un anthropologue critique et respectueux. Le premier surpris de l’impact de cette musique à laquelle il pourtant consacré plus de trente de sa vie, c’est Falceto lui-même : « Je n’ai jamais anticipé qu’il y aurait autant de groupes intéressés. Il y en a en Amérique du Nord, du Japon à l’Australie, et j’ai même trouvé des reprises aux Philippines ». Pour ceux qui sur place confondaient son exploration avec une sorte de nostalgie de l’Empire et le prenait pour un conservateur, il a créé la collection Ethiosonic qui rend hommage à la scène musicale éthiopienne actuelle. Le groupe Akalé Wubé qui réunit depuis huit ans des musiciens français mordus de cette musique éthiopienne qui, à l’évidence, impose une transe dont on ne se remet pas, aurait pu figurer dans cette catégorie. Il se retrouve pourtant sur la pochette du 30e volume de la collection Éthiopiques, a priori réservée aux archives, aux côtés d’un des artistes les plus créatifs et les plus prolifiques de sa génération.

Girma Béyènè @Cyril Fussien

Girma Béyènè @Cyril Fussien

Dans ses écrits, Francis Falceto explique la période fastueuse des grands orchestres institutionnels entre 1955 et 1974, puis l’émergence des premiers groupes indépendants, vers 1968-69, pour une durée bien trop brève malheureusement, puisqu’elle s’achève brutalement en 1974. Pianiste autodidacte et organiste, compositeur et arrangeur, Girma Bèyènè marque de son empreinte les séances d’enregistrement de la production vinylique de ces années. La collection Éthiopiques rassemble les titres gravés sous son nom auxquels s’ajoutent les arrangements de dizaines d’autres et ses nombreuses participations en tant que musicien. S’il existe peu de témoignages enregistrés de son rôle essentiel en tant que vocaliste, sa voix est célèbre dès le début des années 60 pour son engagement au Ras Hotel, l’un des hôtels les plus chics d’Addis, après une audition de 70 candidats. Pendant vingt années, il se produit de club en hôtel et dans tout ce que la nuit d’Addis compte de lieux et d’orchestres où l’atmosphère brûle, du Ras Band - du nom de l’hôtel dans lequel il se produit à ses débuts - jusqu’au Walias Band avec lequel il fuit son pays en 1981 à la faveur d’une tournée aux Etats-Unis. La trame reste discrète sur ce qui trouble l’homme, que Francis Falceto dépeint comme maladivement modeste. Deuil irréparable et drame de l’amour perdu, réalité cruelle d’un autre monde où nul ne vous attend, l’artiste disparaît de son pays et de la scène. Pompiste à Washington ? Son nom figure parmi les meilleurs musiciens indépendants du label Amha Records, créé en 1969-70, et dont le catalogue constitue la principale source de la collection Éthiopiques dès son premier volume. Il faut attendre le mois de mai 2008 et le 7e Ethiopian Music Festival d’Addis Abeba, conçu comme un hommage à cet artiste unique et aux saxophonistes exilés des années 1980, Moges Habtè, Tilayé Gèbrè, Téwodros Meteku, pour que Girma Bèyènè retrouve le chemin d’Addis et ne le perde plus.

Retour à Francis Falceto, qui le connaît bien. « Il me demandait de faire pour lui ce que j’avais fait pour d’autres musiciens éthiopiens et de l’aider à reprendre, mais après vingt-cinq ans, il fallait qu’il se remette au travail. Et cela a pris plusieurs années avant que je lui dise, Girma, je crois que j’ai trouvé des gens pour toi. » Falceto et le batteur David Georgelet se rappellent leur discussion commune à l’issue d’un concert d’Akalé Wubé, lors d’un festival à Mulhouse. En résidence régulière au studio de l’Ermitage, le groupe est à la recherche de musiciens éthiopiens à inviter sur scène. Pour Francis Falceto, quelques groupes donnent aujourd’hui à entendre à travers le monde « une musique énervée, qui pourrait être la musique éthiopienne d’aujourd’hui ». Akalé Wubé en fait partie. Sa proposition de les mettre en relation avec Girma Bèyènè fait bondir la formation réunie par David Georgelet et le trompettiste Paul Bouclier, qui joue aussi du krar, instrument éthiopien par excellence. Et ça marche, c’est à dire qu’au mois de septembre 2016, ils se retrouvent tous sur scène avec lui, après huit jours de préparation magiques comme le concert. Le feeling est tel que la décision est prise de poursuivre par un autre concert six mois plus tard et une rencontre en studio. Mais elle est insensée la voix de Girma Bèyènè sur cet album dont le titre sur la pochette est plus qu’évocateur « Mistakes on purpose » (erreurs intentionnelles). Après vingt-cinq ans, elle est groovy à souhait, frémissante, vivace. Da manière paradoxale, des fèrendj l’accompagnent. Et la sortie de l’album prévue dans la collection Ethiosonic passe à Ethiopiques, preuve qu’à l’écoute la magie opère aussi et que le nom de Girma Bèyènè a plus de poids qu’il ne croit. « Le fait qu’on ait pu faire ça, et plutôt réussi avec quelqu’un qui était désespéré, ça donne du courage à tout le monde. Ça donne de l’espoir. »

La mission de Francis Falceto apparaît bien singulière aussi au moment où, comme Girma, de nombreux jeunes éthiopiens reviennent d’exil. Il ne cache pas sa fierté bien légitime de participer à un élan d’une autre nature. « Dans ce pays, ça vibre, le nationalisme, le patriotisme, l’amour du pays est presque extravagant quelquefois. Et j’ai appris de ces jeunes, dont beaucoup d’artistes qui veulent revenir au pays pour faire partager ce qu’ils ont appris, qu’ils adorent les Ethiopiques. Et ils m’embrassent sur les deux joues, ce qui est une image en Éthiopie, et ils me disent qu’ils aiment cette musique, parce qu’elle est groovy, que ça swingue, que c’est de la belle musique moderne et qu’ils n’ont pas de problème pour écouter du rap et ça, mais que c’est aussi la musique de la génération de leurs parents. Et quand les parents ont vu que leurs enfants aimaient la musique de leur jeunesse, ils ont commencé à raconter comment c’était sous l’Empire, comment c’était sous le Derg[1]. » Très peu de livres rapportent la fin de l’ère impériale, la terreur qui a suivi. Les Éthiopiques de Falceto ont servi de pont pour délier les langues et donner des raisons artistiques, culturelles, civilisationnelles, autres que la fibre nationaliste basique d’aimer un pays entaché par les horreurs du Derg. Et Girma Bèyènè est au cœur du phénomène, du Swinging Addis, « parce qu’il a été de tous les grands coups entre 60 et 81, à une époque de compétition et de créativité bouillonnante entre les groupes institutionnels payés au mois pour produire une musique incroyable et les groupes privés indépendants qui s’affranchissaient de l’autorité. Et il n’y a rien d’équivalent aujourd’hui de ce point de vue là. »

Ce qui est certain c’est que la connaissance de l’Éthiopie dépasse largement chez Falceto la galette musicale. Et c’est peut-être cette reconnaissance qui explique le scoop qu’il nous accorde. Il a décidé d’arrêter le dernier livret d’Éthiopiques fin 2017, même si certains paraîtront en 2018. « C’est un travail de fou furieux. » Et il veut passer à autre chose, c’est à dire à la relation des étrangers avec l’Éthiopie, à la sophistication de cette civilisation que le touriste ignore. Il veut raconter les usages et comment par exemple, se balader pieds-nus, sans chaussettes, fait que vous allez être considéré comme moins que rien, quelqu’un de misérable. Et puis cette autre différence comparée à d’autres pays : « Jamais quelqu’un ne vous tapera sur l’épaule en vous disant ça va patron ? Au contraire, si tu viens chez moi, c’est que c’est mieux que chez toi, ça tombe sous le sens. Jamais ailleurs on ne vous parle comme ça ». L’élévation éthiopienne, qui ressemble fortement au caractère insulaire et à ce que le relief quand il est ardu crée de distance intérieure, s’allie à une maîtrise du temps qui peut tromper l’interlocuteur. « Si vous leur demandez un horaire et qu’ils vous disent ok pour demain à 3h et que vous vous pointez à 15h, vous ne trouverez personne. Vous n’avez pas encore percuté qu’ils ont des horaires différents et que la journée commence à 6h du matin et que 3h pour un Éthiopien c’est 9h du matin. Et ils savent très bien que vous ne serez pas là. » L’Éthiopie vit à son heure, qui n’est pas celle de la planète. « Les journalistes qui veulent faire leur reportage en trois jours sont morts d’avance. Ils vous mettront au pas, c’est un marathon, il faut y passer plusieurs années. Je n’ai jamais pu terminer un documentaire là-bas, parce que ce sont des ennemis de la vitesse, et ils sont plus forts que nous là-dessus. On ne s’énerve pas, on réfléchit et on va à la vitesse que moi, qui détient la réponse à vos questions, je déciderai… Ce n’est pas du tout l’Afrique coloniale. C’est extrêmement moderne. La musique vous fait déborder parfois dans des champs inattendus. »

Qu’on se rassure sur les publications en cours, une bibliographie des musiques d’Éthiopie qui a plus de 1000 entrées, une discographie de tout ce qui a été publié depuis 1897 jusqu’à la fin de la révolution, une nouvelle édition de « Abyssinie Swing » paru en 2001 et épuisé. L’heure vient d’écrire la nouvelle histoire, celle qui se dessine parfois à travers l’évocation d’un cabaret azmari traditionnel, où il y avait autre fois des instruments traditionnels. « Il a été repris par le danseur Melaku Gelay, qui l’a transformé en club multiculturel, mutant, avec une intelligence incroyable, qui ne se cantonne pas à la culture amhara et où sont invités des Somali, des musulmans, des Gouragués, et des groupes étrangers. Dans la chaîne contemporaine, il arrive à fédérer un public assez jeune, autre que les nostalgiques. Un cachet expérimental, ultra moderne, c’est tout ce qu’il faut à ce pays. » Si l’impulsion des années 70, la révolution sociale interne qui s’annonçait, a brusquement été étouffée, le souffle peut-il reprendre ? « J’aimerais bien écrire un livre sur mon approche de c’est comment vivre avec des Éthiopiens, ce qui est magnifique et qui peut nous apprendre quelque chose, nous perfectionner, et ce qui est critiquable, imbuvable, insupportable, comme leur côté casuiste. Ce qui ne se dit pas, ce qui ne se fait pas en Éthiopie ».  On l’aura compris, Francis Falceto est un fervent défenseur de ce qui existe, qu’il a choisi de montrer de manière ouverte et de replacer systématiquement dans son contexte. Ce n’est pas le travail d’un critique de musique, mais pour lui c’est une évidence depuis le jour où elle a surgi chez lui : « Il faut aborder les choses de cette manière pour comprendre la signification de la musique, pourquoi elle est arrivée sous cette forme-là, à ce moment historique-là. Et il faut le relier à la société pour que cela ait un sens et pas seulement un sens de la notion musicale très limitative. Et il faut dire ce qui existe. »

Ce n’est pas Girma Bèyènè, qui en voudra à Falceto de parler comme un fèrendj, lui qui a retrouvé le plaisir de s’exprimer à travers sa musique. Sa voix enveloppe le premier titre Tewèdjign endèhu (Ahun negèrign), avec Loïc Réchard à la guitare, Oliver Degrabiele à la basse, juste avant que les cuivres de Paul Bouclier et Etienne de la Sayette n’éclatent triomphants et que le groove de David Georgelet ne les emporte. La tendresse de la parole Ethiopia se glisse dans le 4ème titre Enkèn yèlèlèbesh, juste après le jeu percussif et ensorcelant de Muziqawi silt. Le piège de la musique éthiopienne se referme pour toujours. On ne ressort pas indemne de la marmite musicale éthiopienne, version Bèyènè Wubé. Ça swingue, ça danse, la voix chaude roule les r et fait tanguer les corps, quand brusquement le rythme s’accélère et, sous les doigts de Girma Bèyènè, le piano grimpe dans les tours. Wub Nat. L’album contient les nuits et les promesses d’Addis à l’heure éthiopienne, demain ? Le 14e et dernier titre reprend le premier dans un tempo d’enfer où les cordes crissent dans une variante pop électrique de Ahun negèrign, sans répit. Le 30e volume d’ Éthiopiques salue la ténacité créative de Francis Falceto. Il marque l’essor d’un groupe et le retour flamboyant d’un grand séducteur, qu’on se le dise en Éthiopie et ailleurs.

Girma Bèyènè & Akalé Wubé, Mistakes On Purpose (Buda Musique)
Sortie le 13 janvier 2017
Alhambra le 18 janvier 2017

Girma Bèyènè, piano & voix - Akalé Wubé : Étienne de la Sayette, saxophone ténor & baryton, clarinette basse, flûte, orgue ; Paul Bouclier, trompette, bugle, krar, glockenspiel, percussions ; Loïc Réchard, guitare, orgue, percussions ; Oliver Degabriele, basse, percussions ; David Georgelet, batterie & invités : Florian Pellissier (orgue, Fender Rhodes), Erwan Loeffel (percussions), Cyrille Méchin (saxophone baryton, clarinette) - Arrangements : Akalé Wubé 

[1] Derg : d'après l'acronyme en amharique de sa première dénomination, Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste, désigne le gouvernement mis en place par des militaires à la suite de la révolution ayant renversé le régime d'Hailé Sélassié.

© Toutes les photos sont signées Cyril Fussien


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