Grand Master Flash

Grand Master Flash

S’il y a une chose dont on est sûrs, c’est que cette rentrée 2016 est un bon cru en ce qui concerne les sorties séries. Entre Childish Gambino qui enfile sa veste d’acteur/producteur avec Atlanta, Woody Allen qui s’attelle à sa première série avec Crises in six scenes et un nouveau Marvel, on ne sait plus où donner de la tête. 

Pourtant, à la rédaction, on a un coup de cœur : le magnifique The Get Down. Le pitch est simple : on suit l’évolution de Zeke, un afro-latino intelligent mais un peu paumé, coincé dans le Bronx mais fier de l’être, qui n’attend rien de la vie et n’a que sa voix et son flow inné pour se démarquer. Avec sa bande de potes et son amoureuse apprentie chanteuse mi-gospel mi-disco, il arpente les rues de son quartier à la recherche de reconnaissance. Pour l’instant, rien de très fou. Mais c’est justement là que ça se complique et que cette série sort du lot : The Get Down, en plus d’être portée par de jeunes acteurs talentueux, s’avère être une véritable mine d’or  sur l'histoire du hip-hop, du disco et de l’émergence de la musique de la rue dans le New York de la fin des années 70.

On va se concentrer ici sur un fil conducteur clé dans le scénario qui prend de l’ampleur au fur et à mesure de l’évolution de l’intrigue. Comme je le disais, Zeke est en recherche, hagard ; il veut se faire un nom, mais il ne sait pas comment. Il tombe sur Shaolin Fantastic, un voyou avec qui il a une relation conflictuelle, mais indispensable. Ce dernier l’introduit à un monde différent, et émergeant, qui n’est pas encore tout à fait reconnu car le disco et la funk sont à leur apogée : celui du hip-hop, de ses fêtes clandestines. Il l’amène surtout à réaliser qu’il n’y a rien de plus beau qu’un monde rempli de scratchs, de platines et de beats. Même si les intrigues sont pour la plupart fictives, un personnage - et quel personnage ! - est le principal moteur de la toile de fond de la série, et celui ci est bien réel. En effet, Shaolin n’est autre que le disciple dévouée corps et âme à Grandmaster flash, qui est - pour ceux à qui ça ne dirait rien - l’un des tous premiers dj/emcee de la scène hip-hop.

Mamoudou Athie n’avait jamais touché une platine avant de jouer le rôle du pionnier - aujourd'hui âgé de 58 ans - qui  est l’inventeur du get down, une technique de Djing indispensable pour gérer deux vinyles et produire un beat de qualité. En utilisant ses connaissances en sciences et en ingénierie de l’électrique quand il était encore tout jeunot, Grand Master Flash a réussi à changer une façon de jouer de la musique. Il confie, sur le site Vulture : « Je recherchais quelque chose, je n’avais pas de plans. Tout ce que je savais, c’est que la boucle rythmique était le plus important dans un son, que cela soit un son de blancs, de noirs, un son de l’étranger ou de mon quartier. Je devais me débrouiller pour trouver un moyen de faire entrer en harmonie toute cette musique, aussi différente soit-elle, et tout ça sur une seule piste. »

A la suite de cette réflexion, Flash met en place la « quick-mix theory », une formule basée sur les maths et la science. Au lieu de placer ses doigts sur les vinyles en jaugeant aléatoirement l’évolution du beat, Flash a été capable d’identifier précisément des rythmes, en les marquant d’un simple coup de crayola sur le vinyle, afin de faire son mix et laisse le rap partir sans se soucier d’éventuels faux raccords.  C’est à partir de beats de 10 secondes que Flash fait durer des morceaux pendant plus de 10 ou 15 minutes. Une invention qui s’est avérée être une révolution dans la façon de mixer des disques.

Cette technique, expliquée dans l’épisode deux à Shaolin par Flash en personne, paraît insensée. En le laissant sur une énigme alors qu’il lui avait promis l’explication du fameux get down, Shaolin se sent dupé. Mais Flash persévère : « Do not underestimate the crayon ». Après une après midi de recherche, Shaolin et Zeke arrivent enfin à trouver la réponse ! Mais la quête du get down n’est pas finie. Si la solution est simple, la pratique reste indispensable pour acquérir la technique et la dextérité d’un véritable DJ. Car gérer deux platines n’est pas une tache aisée ! Il ne suffit pas de passer d’un disque à un autre ; il faut réussir à les combiner et à tenir la cadence. On vous conseille la scène d’entrainement de Shaolin, remplie de sueur même à travers l’écran.

En plus de cette technique à acquérir, l’énergie d’un DJ n’est que complète quand elle s’allie à celle d’un MC. Un emcee, ou maître de cérémonie qui va chauffer le public et rendre le beat vraiment intéressant, la plupart du temps en rappant au dessus, en chantant ou tout simplement en motivant tout le monde pour que l’ambiance soit à son maximum. Un DJ peut être son propre MC, mais en général, il préfère s’entourer. Dans The Get Down, la notion de groupe est très importante. Le crew, c’est une nouvelle famille, qui ne peut pas être perturbée par des choses « stupides » (et ce n’est pas moi qui le dit) comme l’amour, le travail… Seule la musique compte. C’est là qu’on en revient au vrai GrandMaster Flash. Quand il s’est rendu compte que sa musique ne pouvait pas être complète sans un peu d’aide, il a demandé à ses amis, de venir rapper sur scène, sur leur vie dans le Bronx : on parle ici de Melle Mel, The Kidd Creole, Keith Cowboy, Mr. Ness/Scorpio, and Rahiem. Ses potes et lui ont formé le groupe Grandmaster Flash and the Furious five,  groupe fondateur du hip-hop comme on le connaît aujourd’hui et qui a influencé la plupart des groupes de hip-hop des années 80-90 qui ont aujourd’hui leurs noms ancrés dans l’histoire de la musique (le Wu Tang, Run DMC, Public Enemy, Tupac et j’en passe...)

Au fur et à mesure de l’histoire, Zeke réalise son destin de MC et coache ses potes pour former un groupe béton. Malgré les difficultés, chacun prend ses marques, et le groupe explose de talent dans la scène finale de la saison, qui met en scène une Battle entre les Get Down Brothers et les Notorious III, groupe ennemi. Qui gagne ? A vous de deviner…

 


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