Martha High, Singing for the good times (Blind Faith Records)

 

Martha High. Un nom planant voué à gravir les sommets. Sera-ce alors si étonnant si je vous dis que Mrs High est une soulwoman qui a déjà gravi l'Everest de la soul ? Qu'elle est, à l'instar de Bettye LaVette ou des désormais célébrissimes nouvelles grâces de la maison daptone Saun & Star (Look closer), l'un de ses wagons qui ont voulu un jour devenir loco : un nom que vous connaissez à coup sûr sans connaître... Parce que oui, weed à part, la belle dame a eu la chance de côtoyer les plus grands ; James Brown, Maceo Parker, du beau linge eh ! Sur le cv donc, Martha High peut fermer les yeux. Conscience tranquille : 35 ans avec le parrain de la soul, chanteuse principale dans la formation de Maceo Parker, voilà quelques cartes en poche ! Mais restait le bleu des songes de Mrs High : un album de son cru et les projecteurs sur sa belle bouche accrochée au micro.

Titre de l'album : Sings for the good times. Old times ? On le supputerait presque en voyant s'épanouir au fil de l'album les horizons fleuris et variés d'une soul ancestrale. Fidèle aux vœux de l'ancien temps, Mrs High rejoue en paroles le mélo du totem dramatique amour / souffrance : du love, du féminisme, de la « pain », du travail mais de l'espoir : sans doute qu'il y a des résonances pour qui a chanté avec les JB's aux côtés de James Brown au moment de l'assassinat de Martin Luther King. Au reste, l'album semble, point de vue compo, un vrai remake du credo de la Pléiade : répétition et variation sur les douceurs angevines de la Soul sudiste et des paysages sonores des BO italiennes des années 60 (« Lean on me », ses flûtes, ses riffs et son synthé).

Luca Sapio, le père de la soul italienne et ses musiciens extras ont bien fait le travail : rythmique parfaite des percus et interruptions toujours maîtrisées, cuivres, chœurs, refrains accrocheurs.. Innutrition ma camarade ! Et c'est encore plus vrai lorsqu'on entre-écoute « Love is all around » des Troggs dans le refrain de « You baby ». Non pas que ce soit voulu mais à chacun son oreille... C'est que Mrs High se délecte (et nous par la même occasion) autant dans les sons courtisans qui emporteront l'adhésion (« Lean me on », « You baby ») que dans les morceaux plus funky qui emporteront eux les bras et soulèveront les corps amollis par la chaleur assommante d'un été de canicule (« For the good times »). Acmé, apothéose, sur le dernier titre, les cuivres s'enjaillent, le final réussit. On entendra forcément dans ces homélies joyeuses baptisant le chant (« singing for the good times ») la dynamite de Mr Brown !

Reste que la voix soprano de Mrs High rafraîchit un peu la soul. Le mentos du moment. Qui fait du bien lorsqu'on a tellement écouté la voix un poil plus grave de Sharon Jones que le paysage soul est désormais coloré par sa sublimité l'impératrice daptone. Le mariage donc entre la voix soprano de l'ex-JB's et celles des charmantes dames occupant aujourd'hui son ancienne place, essentielle comme chacun sait (je dis ça pour tous ceux qui ont assisté au concert cruellement défaillant niveau « chœur » de Bettye LaVette à jazz sous les pommiers), est parfait : des voix plus douces, mielleuses, susurreuses à souhait qui, entre deux voix-offs esquissant un univers de BO, enrobent Mrs High comme la plus céleste praline...

Conclusion : nul besoin de fumer la moquette pour être high !