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Ambiance guitar hero en ouverture du dernier Marciac – surtout quand Peterson appelle Joe Satriani pour le rappel. Ambiance rock and roll assumée aussi, que ce soit dans le « Boogie Thang » d'ouverture sans Lucky Peterson mais avec un Shawn Kellerman (guitare et voix) en feu, dans l'hommage à Stevie Ray, ou encore dans la reprise du classique des classiques (« Johnny B. Goode », en l’occurrence).

Pour poser cette ambiance, quoi de mieux que Lucky Peterson ? Le télescopage de l'actualité nécrologique oblige à penser à B.B. King, son indéniable père spirituel dont il sait s'émanciper pour naviguer dans un environnement beaucoup plus binaire – le rock, mais aussi la soul sur la ballade « Trouble », le reggae sur l'habile reprise du tube de Johnny Nash, « I Can See Clearly, Now » dont Jimmy Cliff fut le plus connu des interprètes. Quoi de mieux que Lucky qui sait apporter toutes ces couleurs grâce à un sens musical insolent et une maestria technique qui fait honneur aux traditions blues ? La première demi-heure du concert se fait d'ailleurs à l'orgue et apporte une touche spirituelle de fifties dans un concert qui emprunte globalement plus à Stevie Ray (ou Ten Years After, peut-être), qu'à Mahalia Jackson.

Quoi de mieux que Lucky, pour enflammer Marciac 2014 ? Ce 28 juillet, Peterson sort le grand jeu avec tout d'abord une dégaine de maquereau de Virginie – toute en informité volubile – et une sacrée trogne. Un physique d'ancien du gaz sorti tout droit des fantasmes de ceux qui se désolent que le blues est mort. Le public, qu'on entend peu, est si vite la chose du bluesman qu'on comprend rapidement l'intérêt du DVD pour saisir en quoi nous avons à faire à une bête de scène. Une vraie, à l'ancienne, qui fait le taf et le show comme sans doute seuls les Américains savent le faire. Professionnellement.

Ce live est un petit loukoum, un délice. Beaucoup d'énergie, beaucoup de talent, beaucoup de blues. Beaucoup ? C'est peut-être le seul reproche qu'on osera ; mais qui est plus lié à la disparition progressive de l'intervention artistique des producteurs, notamment pour les live. L'album (comme le DVD, très bien filmé) reprend semble-t-il telle quelle l'intégralité du concert sans coupe ni choix dans l'enchaînement des titres. Au final, une heure vingt qui passe peut-être plus lentement que lorsqu'on est sur place ; avec certaines longueurs ou problèmes de rythmes. Ah la production ! Dame ! Critique dure, car l'objet est beau, et la musique plus encore.

Pierre Tenne