033115-JoseJames-600
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Ah, la contemplation cérémonieuse du passé ! Ou était-ce l'appétit commercial ? Dur à dire... Billie Holiday aurait eu cent ans cette année, et Blue Note s'est senti obligé de se fendre d'un hommage maison confié à José James, l'une des têtes d'affiche du Label version 2.0. Chanteur de jazz autant que de hip-hop, James a d'ailleurs un peu la gueule de l'emploi pour l'orientation très Black Music que le nouveau directeur du label Don Was cherche à promouvoir à grands renforts de Robert Glasper et Terence Blanchard...

Je m'égare. James emprunte pour cet exercice d’idolâtrie une coloration qu'on lui ignorait et qui retrouve effectivement une énergie blues, par des chemins de traverse multiples ; de la nu-soul de D'Angelo aux crooners des années 50, depuis le gospel jusqu'à d'irréfrangibles tentations R'n'B. Il fallait bien tout cela sans doute pour investir la citadelle Billie Holiday, « mère musicale » revendiquée du jeune homme. Cet enchevêtrement d'influences fait sentir, trop peut-être, tout le travail et le sérieux de James, qui fait ici le choix d'une esthétique claire mettant en avant la mélodie et la voix au moyen d'une sobriété harmonique quasi clinique. Il faut parfois se pincer à la clef de douze pour croire que la section est bien telle qu'affichée : Jason Moran, John Patitucci, Eric Harland... Si discrets !

C'est pourtant ces trois New-Yorkais de renom qui offrent les plus convaincantes échappées dans cet album somme toute très classique, notamment sur « What A Little Moonlight Can Do » et ses longues séquences instrumentales. Moran brille dans l'accompagnement épuré de la voix du leader, et sait de quelques coups de pinceaux impressionnistes inquiéter la mécanique du disque, lui apportant une profondeur qu'une première écoute ne révélait pas forcément. Cela ne sauverait pas seul cet album quelque peu emprunté et suspect dans ses choix – en quoi « Body and Soul » est-il inclus dans la « musique de Billie Holiday » ?? - s'il n'y avait quelques véritables trouvailles pour rehausser le discours globalement terne de James. Une reprise enthousiasmante de « Lover Man », et surtout celle, audacieuse et a capella, de « Strange Fruit ». Inondée de facilités – les détracteurs parleront de racolage – cette version retrouve une énergie simple qui fait croire que José James aurait pu faire mieux pour ce tribute quelque peu téléphoné dans lequel les amoureux de Lady Day ne trouveront que matière à infarctus. Les amateurs de cette scène new yorkaise qui sait si bien ouvrir son jazz auront plus de bonheur grâce au talent des musiciens, malheureusement honoré sur courant alternatif sur cet album.

Pierre Tenne

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