Lucky Peterson, Tribute to Jimmy Smith (Jazz Village/Pias)

Cet orgue à la sève churchy et bluesy, qui fait le pont entre jazz et soul en un pur esprit des sixties, c’est mieux qu’une première gorgée de bière et ça brule les tripes comme une bonne goulée de bourbon. Lucky Peterson retrouve l’esprit d’enfance en revenant lire les classiques de Jimmy Smith, c’est sa madeleine proustienne à lui ; il revient vers le temps du club paternel à Buffalo, vers les cours dispensés par l’organiste Bill Doggett, l’enregistrement à cinq ans d’un microsillon dont Willie Dixon tirera deux 45 T prisés, l’étonnante prestation dans une émission TV à neuf ans (à voir impérativementsur Youtube). C’est le temps du souvenir des thèmes indémodables de Jimmy Smith et de son orgue Hammond B 3 qui avait un swing d’enfer malgré un côté pachydermique (« Night Train » ; « The Sermon » ; « The Champ » ; « Jimmy Wants To Groove » ; « Back At The Chicken Shack »..) ; c’est se remémorer la musicalité de Wes Montgomery, ce guitariste qui jouait en octaves de manière si sensuelle dans le trio de l’organiste. C’était le temps d’un jazz qui séduisait le grand public comme les jazzophiles.

Quasiment tous les thèmes s’incrustent dans les neurones ; on relèvera seulement que «  Misty »sonne moins bien que sous les doigts du pianiste Erroll Garner et que « Singing This Song 4 U » est un peu trop show of ; toujours assis derrière son orgue Hammond B3, Lucky Peterson est entouré, comme il est classique dans la formule du trio avec orgue, d’un batteur (le drive dubatteur néo-orléanais Herlin Riley, partenaire régulier d’Ahmad Jamal, est magnifique) et d’un guitariste (Kelyn Cropp ; qui joue comme un fils spirituel de Wes Montgomery) et sur quelques plages, d’invités comme le trompettiste Nicolas Folmer (parfait sur le thème insinuant « Night Train ») ou le guitariste Philippe Petrucciani (« Blues For Wes »). Mais le coup de génie est d’avoir convié Archie Shepp sur deux sessions (« Jimmy Wants to Groove » et « Back At The chicken Shack ). Il s’y montre très bluesy dans l’âme, avec des grognements dans le sax comme en rappel des «  hurleurs » du R&B, hyper expressif avec savoix de gorge dans le dialogue chanté à faire pleurer avec Lucky Peterson sur « Jimmy Wants To Groove ». Dans « Back At the Chicken Shack », Archie envoute littéralement.

Chroniques - par Philippe Lesage - 16 octobre 2017

Chroniques - par Philippe Lesage - 16 octobre 2017


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