Jordan Rakei, Cloaks

          

Brexit ou pas, il y a bien une chose qui ne connaît pas de frontière : la musique digitale. Si vous vous intéressez de près ou de loin au RnB ou au hip hop sur la plateforme de streaming Soundcloud, alors vous savez sûrement à quel point les producteurs de talents y sont nombreux aux quatre coins du monde. Au Royaume-Uni, un bon nombre de jeunes producteurs et rappeurs collaborent et donnent au hip hop anglais un souffle de soul et de délicatesse musicale assez unique.

Tom Misch, Loyle Carner, Barney Artist et Handbook, entre autres, participent tous à un mouvement Londonien de réjuvénation du hip hop et de la soul. Si vous ne les connaissez pas, allez les écouter, vous ne le regretterez pas. Beaucoup d’entre eux produisent des morceaux vraiment smooth et intéressants mais peu ont la couleur et la fraîcheur de ceux de Jordan Rakei.

Jordan Rakei, c’est un nom qu’on voit apparaître çà et là assez régulièrement sur Soundcloud depuis à peu près deux ans. En septembre dernier, il sortait “Maya” en collaboration avec Kiran Kai, ainsi qu’un EP intitulé Groove Curse. Il faisait un feature sur un morceau de Tom Misch et participait à toutes sortes d’efforts collaboratifs. Déjà à l’époque, il était difficile de résister à la production savoureuse à la voix volatile du jeune producteur Australien. Juin 2016, il sort son premier album, Cloaks, et diversifie davantage la palette sonique et mélodique qu’il avait explorée jusqu’à présent. Sur Cloaks, on retrouve la même batterie enivrante, la guitare douce, les pianos et claviers colorés, les vocalisations effervescentes qu’on lui connaissait déjà, mais c’est dans la richesse de la production que l’on entend combien il a mûri musicalement.

A beaucoup d’égards, ce nouvel album est un grand pas en avant pour Jordan. Au début de l’année, Il quitte son Australie natale et s’installe à Londres (ça représente juste 23 heures de vol) pour y enregistrer Cloaks. Musicalement, ce voyage n’est pas anodin parce qu’on entend dans la complexité des compositions et des productions à quel point Cloaks est ambitieux par rapport aux projets qui lui sont antérieurs. Le sérieux avec lequel Jordan a travaillé sur ce disque est évident, et ce déménagement à Londres laisse présager que ce ne sera pas le dernier.

Dans l’écriture, on ressent également plus de diversité. Plus on progresse dans l’album, plus on se rend compte de l’étendue de la curiosité dont Jordan a fait preuve. Dans les premiers titres, on entend la racine hip hop/RnB qui l’a fait connaître, puis on découvre d’autres aspects de sa musique, un côté afro-funk (Talk To Me), un côté presque RnB/pop mélancolique (Tawo, Lost Myself, Rooftop) et une rythmique désarmante apportée par la batterie de Richard Spaven (Toko).

Du reste, l’execution et les détails de cet album sont sans faute. Les harmonies vocales, l’instrumentation et l’utilisation de l’espace stéréo sont toutes un cran au dessus de tout ce que Jordan a fait avant Cloaks. Ngaiire fait une apparition délicieuse (Cupid’s Cheese). Remi, un MC Australien, vient poser des phases assez convaincantes (Snitch), et il va sans dire que le mixing sur tous les titres est impeccable et rend l’écoute de cet album encore plus facile. Entre solos délicats et textes touchants, on retrouve sur ce LP autant de lyrisme que de “cool” et de détente. Avec Cloaks, Jordan Rakei prouve qu’il est plus qu’un petit producteur Australien et qu’il est capable de mener à bien un projet musical et professionnel de grande échelle.

Chroniques - par Willy Kokolo - 5 août 2017


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