Frank OceanBlonde (boys don't cry)

Avant d'être un chanteur à la voix d'ange, Frank Ocean est le roi de la stratégie marketing. Celui qui a fait ses débuts avec Tyler the Creator et la bande d'Odd Future, considéré à l'époque comme un groupe de fous furieux et aujourd'hui comme des visionnaires, a bien grandi. Après Channel Orange, album sorti en 2012 qui l'a projeté sur le devant de la scène, alors qu'il s'illustrait plutôt en tant que compositeur, Frank s'est éclipsé pendant quatre ans. Plutôt que de se presser et satisfaire une maison de production avide de succès et de hits vite faits et mal faits, il a prit son temps, à la surprise générale. 

Ce silence prolongé et volontaire n'a fait qu'amplifier l'hystérie et les spéculations autour de son deuxième album. La sortie, annoncée en 2014, n'a cessé d'être repoussée, laissant le temps à Ocean d'arranger, de modifier, de peaufiner, laissant les impatients s'affamer. Les mauvaises langues ont laissé entendre qu'il n'y aurait pas de deuxième opus, que tout n'était qu'une mauvaise blague, et que l'artiste, se reposant sur ses lauriers et les louanges venant de toute part, aurait laissé son ego prendre le dessus sur son talent. Que nenni. 

L'album s'appellera finalement Blonde, stylisé en Blond sur la pochette de l'album. Sorti par surprise entre la nuit du samedi 20 et dimanche 21 août, ce dernier est truffé de collaborations plus impressionnantes les unes que les autres :  James Blake, les français Chassol et SebaStian, ou encore Beyonce et Kendrick Lamar en choeurs très discrets dans «Pink+White » et « Skyline to ». On se rend vite compte qu'Ocean sait s'entourer, mais jamais dans l'excès, car il reste le maitre. Sa voix, dominante, nous donne les frissons d'une première fois. Son timbre, définitivement emprunt de nostalgie et d'émotion, nous plonge dans son univers, et réussit à nous transporter. Quand on l'écoute, on a l'impression d'être de retour d'un long voyage, et de regarder ses souvenirs passer par la fenêtre. 

Dans « Nikes », premier titre de l'album - qui a déjà droit à un clip aux thématiques r'n'b nudité et paillettes revisité, la voix est autotunée, embuée, et mue progressivement. Après ce titre, objectivement l'un des plus travaillé de l'album, Ocean se promène, mais reste toujours dans sa ligne directrice : parler d'amour, de la vie et de ses relations avec lui même et les autres. Le tout est propre, carré, bien limé. Et très agréable. Pourtant, on ressent quand même une pointe de déception : tout ça pour ça ? Et oui, toutes ses années d'attentes pour finalement se sentir légèrement floué et un peu déçu. Blonde se place en grand frère un peu trop protecteur de Channel Orange. Bien qu'il ait acquis une maturité indéniable, Frank Ocean reste dans un style entre rnb et pop légère, avec des accents de loveur chantant sa sérénade, et il n'y a au final que peu de réels surprises.

Plus que dans l'album digital en lui même, le réel talent artistique d'Ocean se dévoile dans la vidéo Endless, précédant la sortie de Blonde. Ce film de quarante-cinq minutes, s'inscrivant dans la lignée de Beyonce et de son film-album Lemonade, est un petit bijou à ne pas négliger. Révélant 18 morceaux inédits, Ocean dévoile un univers plus original, plus expérimental, et nous prouve qu'il n'en a pas fini avec les surprises. 


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