The Tibbs, Takin' Over (Record Kicks)

Une voix guillerettement éraillée façon Sallie Ford (« Dog Days ») : mélodieuse à souhait lorsqu'elle sème ses éclats jopliniens fantomatiques on ne peut plus pressentis en poussant le hourvari (le « Baby baby » de « Until we met again ») flirtant subrepticement avec les flamboiements vocaux d'une Etta James ; un poil trop criarde peut-être sur « Dog Days » mais demeurant sur le seuil du plaisamment audible ; aiguë et tombant en nous peinant un peu dans les sentiers rebattus des fatigantes vocalises de Zaz (« papadam » de « Dog Days » passera difficilement) ; smoothant sec avec joliesse et agréments en hantant de ses soli les traces des mélopées paresseuses de Sade (« Armada ») ; ménageant des espaces de respiration en jouant la carte du yogi maîtrisant l'arc de l'époumonement. Soit, la belle Elsa Beckman paraît être une parfaite smooth operator !... 

Et quoiqu'elle pousse sa voix au bord de la suffocation (« Suffocated »), elle ne court pas de risque, déhanchant son timbre atypique sur un sentier sûr tracé par des instrus entêtantes et sans prise de tête qui assurent notre propre déhanchement (« Whashed My Hands » ou « Next time »). Belle prudence pour une équipe tapageuse qui désire offrir la mesure de ses talents ! Vous l'aurez compris, la nouvelle sensation soul des Pays-Bas ne propose pas une recette miracle qui ferait pâlir les vieux « soul-ards » par son degré supérieur d'innovation... Mais une recette qui marche, de bon cœur assurément ! Cultiver la variété en conservant une cohérence généreuse, voilà le tempo sobre et efficace des Tibbs que le label milanais new & vintage Record Kicks a judicieusement choisi de promouvoir ! 

Takin' over prend donc le contrôle de la planète soul en éparpillant ballades « happyness » (« The Story Goes ») enrôlées dans les jetés de trompettes, égraine des morceaux sensuels qui, cuivres en valeur ajoutée, reproduisent les rhythm and blues de Mr Dynamite (« Until We Meet Again » vs « It's a Man's Man's Man's World ») en les féminisant et pimentant avec goûts, ralentis que Takin' over se charge de verser dans les doux éraillements de la charmante demoiselle.  En prime un bon swing sur « 96 Tears », une sauvagerie parfaitement éduquée (« Wild Way ») dévoilant un joli contraste avec l'apaisant délassement de l'enrobage smooth de la soul d'« Armada », une once d'audace sur « Cussin, Cryin' & Carryin' On » où la voix de la jeune diva s'aggrave et s'accélère à la mesure d'une instru bien frappée s'enfonçant dans un groove badin à la limite du rock. En somme, de quoi séduire plus d'un quidam !