Gregory Porter est l’incarnation parfaite d’une force tranquille. Son assurance, son énergie et les émotions qu’il transmet laissent rarement insensible. Pour son deuxième album sur le label Blue Note, il mise à nouveau sur une formule qui s’est déjà avéré gagnante : un style qui puise dans les musiques traditionnelles américaines (blues, gospel et soul) avec un son jazz. On peut avoir l’impression que sa musique est intemporelle mais ses chansons sont ancrées dans l’actualité grâce aux thèmes qu’il aborde.

Le chanteur a conservé l’équipe qui l’a accompagné sur son précédent album Liquid Spirit, couronné d’un Grammy Award. Son fidèle compagnon Chip Crawford bâtit au piano des accords et des accompagnements tout en subtilité. Il y a aussi cette superbe contrebasse, bien présente jouée par Aaron James. Le batteur Emmanuel Harold et les saxophonistes Yosuke Sato et Tivon Pennicott sont également de la partie. Au menu : mélodies accrocheuses et une énergie pure servies par cette majestueuse voix de baryton.

Sur Take Me to The Alley, on retrouve les ballades si chères à l’artiste qui s’est fait le chantre du romantisme. Pas celui gnangnan mais le sincère, provenant d’un amour profond. Celui qui s’est forgé à travers le temps et les épreuves. « Consequence of Love » parle de l’importance de se battre pour faire durer une relation amoureuse. « Don’t Be a Fool » est sublimé par un orgue qui rappelle les influences gospel de celui qui est aussi fils de pasteure. La version deluxe de l’album abrite une pépite ! La version en duo de l’aérien « Insanity » avec la grande Lalah Hathaway.

Le chanteur rend aussi hommage aux femmes. À commencer par sa mère, une divinité des temps modernes dans « More Than a Woman ». C’est aussi à elle qu’il pense dans Take Me to The Alley, elle qui s’est beaucoup consacrée aux plus démunis. Il appelle à faire de même dans ce duo chanté avec Alice Olatuja, magnifié par une mélodie et des voix pleines de douceur voire apaisantes. Il interprète aussi avec justesse le très émouvant « In Heaven », écrit par sa cousine Darlene Andrews. « French African Queen » est né d’une rencontre dans les rues de Paris avec une femme de la diaspora africaine. Il y évoque les femmes afrodescendantes, américaines ou européennes, qui ont un héritage commun. Il fait aussi allusion aux difficultés qu’elles partagent, comme celle de se voir refuser l’accès à certains lieux. Et bien que la chanson ne traite que des femmes, on ressent un questionnement politique plus large, concernant l'ensemble de cette même communauté afrodescendante.

Car loin d’être seulement un excellent crooner, Gregory Porter met aussi en avant ses convictions sociales et politiques. Il nous interpelle sur notre monde actuel obsédé par la mode et l’image (« In Fashion »). Adressé à son fils, « Don’t Lose Your Steam » est un message porteur d’espoir. L’incandescent « Fan the Flames », purement jazz hardbop, lui a été inspiré par les évènements de Ferguson. Il encourage chacun à protester en s’exprimant (« Break the silence is not a sin ») et à lever le poing (« Fist raised in the air »), geste de contestation plein de sens pour la communauté afro-américaine. Ce morceau faisant immanquablement penser à son tube « 1960 What ? » enjoint néanmoins à la protestation non violente.

Take Me to the Alley est encore du très bon Gregory Porter mais après avoir savouré l’album, on a comme une sensation de déjà vu. On connaît ses projets parallèles comme ceux en électro. La version deluxe de l’album comprend d’ailleurs des remixs pop et électro de quelques morceaux - on entend presque du Daft Punk sur celui de « Don’t Lose Your Steam ». Seulement, la différence avec son style « classique » est très voire trop grande. Malgré tout, on apprécie toujours autant sa voix et ses paroles fortes et pleines d’émotion.

Fara Rakotoarisoa

Gregory Porter, Take Me To the Alley, Blue Note/Universal, 2016

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