Écouter Smokey Joe & the Kid, c'est d'abord voir un peu redéfiler devant vos yeux ébahis le film de votre enfance et de votre adolescence. Primo, parce que leur musique a un côté extrêmement cinématique. Ce qui réalise d'une certaine manière vos désirs infantiles de retomber dans l'âge pourtant ingrat de l'innocence. Ce qui donc n'est déjà pas rien. Secundo, parce que sitôt que « Running to the moon » aura pénétré dans votre cavité auriculaire, Caravan Palace, Chinese man, Parov Stelar et consorts viendront y faire tout de go la smala et ça, vous vous refusez peut-être à l'admettre, mais à force d'écumer les festoches normands, vous avez fini par trouver ça plutôt sympa (je vois déjà vos cheveux se dresser sur vos chefs)...

 

Bon. Tout ça pour vous dire que Running to the Moon, c'est avant tout une bonne dose d'électro-swing, « l'ouverture » façon western (de là à en faire du Ennio Morricone remixé, il y a quand même un pas) anticipant d'emblée sur les vocalises féminines vibrantes d'électro et de swing du premier titre en date « Running to the Moon ». Un son un peu grinçant, crachant, désuet, des voix tantôt vieillottes (l'intro de « Prohibition 2 »), tantôt hip-hop, tantôt rap qui viennent court-circuiter hardiment nos velléités de datation, une atmosphère globalement entraînante qui joue à fond les ballons des samples, beats, scratchs et cie. Smokey Joe & the Kid s'amuse à peu de frais. Et ma foi, ce n'est pas désagréable. Les phases de relance se succèdent, faisant de cette musique une aventure presque palpitante (« Just walking », « Please come home ») où l'on se perd en bonne et heureuse conscience à travers des mélodies enjouées teintées d'une nuance de mélancolie que le groove swinguant grave nous fait apprécier bon gré mal gré. Peut-être parce qu'ils n'hésitent pas à l'inoculer méchamment au bon rap placide et ferme de Pigeon John sur « Six feet below », rap qui donne à son tour le change à celui à gros sabots plus acide mais un peu lassant de Blake Worrell sur « So sexy ». Mais trêve de mauvaise foi. Le corps s'amuse assez. Succès facile mais quand le corps parle, qu'y peut-on ?

Les voix éclectiques travaillant en synergie s'éclatent à créer de mini-capharnaüms musicaux (« Funny guy ») que la trompette sauve toujours de la chute dans l'inaudible. En somme un joyeux patchwork de mix, de vieilleries, d'invités multiples (Chill Bump, Pigeon John, Yoshi, Black Worrell, le jeune premier au succès hallucinant Charles X...). On n'oublie surtout pas les quelques vulgarités usuelles dont tout bon rappeur ne saurait se dispenser (« je me suis gratté les couilles avant d'aller piocher dans les cacahuètes », eh oui). De quoi faire une plutôt bonne recette qui pourrait presque prétendre à séduire les anciens. Eh bé.

Agathe Boschel

Smokey Joe & The Kid, Running to the Moon, Banzaï Lab, 2016

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