Welcome to the club, pourrait-on écrire. Avec Theory Of Joy, Ian Shaw semble nous inviter à nous installer confortablement sous les lumières tamisées du Ronnie Scott, à Londres, club où il se produit fréquemment depuis la fin des années 1980. Au programme, un solide trio où le pianiste Barry Green prend des soli étincelants («  Everything »), un répertoire équilibré entre compositions viriles au swing léger et ballades sans effets racoleurs («  Somewhere Towards Love », «  Where Are We Now ») et un chanteur qui navigue au mieux dans un entre-deux parlé/chanté. Sans plagier la posture d’un Nat King Cole, pourtant référence du crooner en trio, l’art de Ian Shaw oscille entre la décontraction subtile d’un Georgie Fame ( You’ve Got To Pick A Pocket Or Two ») ou d’’un Ben Sidran, le plus british des chanteurs américains ( You Fascinate Me ») et l’esthétique be bop tonique de la sublime Betty Carter (« Small Day Tomorrow », « All This And Betty Too »).

 

Gallois de 53 ans, acteur et parfois compositeur, le chanteur Ian Shaw est une des figures centrales de la scène jazz britannique. Il compte déjà une petite quinzaine d’albums à son actif desquels on détachera Soho Stories, enregistré en compagnie de musiciens de l’envergure de Lew Soloff et de Cedar Walton, Taking It At Hart autour de l’œuvre de Richard Rogers et Lorenz Hart et, cerise sur le gâteau,  Drawn To All Things : The Story Of Joni Mitchell  (qui aime Joni Mitchell ne peut être foncièrement considéré comme un mauvais garçon). D’ailleurs, dans The Theory Of Joy, il reprend « In France, They Kiss On Main Street » de la blonde canadienne, version qui aide à jauger de la qualité du bonhomme.


Pour la promotion du disque, « Brother » est édité en clip. On y voit Ian Shaw dans la jungle de Calais dire à la fois la dureté du monde et l’urgence de la fraternité. Il s’installe au piano pour « Ne Me quitte pas/ If You Go Away » qui est une lecture émouvante, en partie en français, fort différente de celle de Nina Simone et plus en harmonie avec le romantisme de Jacques Brel.

Philippe Lesage

Ian Shaw, The Theory of Joy, JazzVillage/Harmonia Mundi, sorti le 19 février 2016



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