Traditionnellement, un album de Public Enemy fait l’effet d’une bonne paire de claques. Depuis ses débuts dans les années 1980, le collectif de rap n’a eu de cesse de donner des coups de pied dans la fourmilière par ses textes provocateurs et par l’activisme acharné de ses membres.

Chuck D, figure emblématique du groupe, en est aujourd’hui presque la seule voix, sans compter les interjections claironnantes de son « hype man » Flavor Flav. Aujourd’hui, alors que la communauté Noire Américaine se soulève face à la violence policière qu’elle subit injustement, il n’est pas étonnant de voir Public Enemy s’exprimer à son tour avec Man Plans God Laughs.

Malheureusement, cet album déçoit. La paire de claque tant attendue n’est qu’une série de gesticulations sans substance. L’écriture de l’album est lacunaire, lente, Chuck D ne semble pas avoir trouvé son rythme sur la plupart de ses chansons (excepté sur « Corplantationopoly »), mais le plus décevant est qu’il ressasse la même sémantique sans la faire évoluer ou l’approfondir. Accusations, interjections, indignation : Chuck D s’adresse à des ombres, des fantômes, et n’inscrit pas ses textes dans le combat qu’il cherche à mener.

Musicalement, Public Enemy cherche à moderniser ses beats, mais là encore les efforts de G-Wiz, le producteur, laissent une bande son en demi-teinte. Sur How You Sell Soul to a Soulless People Who Sold Their Soul? (2007), la violence des beats avait quelque chose de groovy que le nouvel album n’a pas. G-Wiz assèche encore plus ses productions, les rend plus électroniques, et sa musique a parfois des accents de Run The Jewels, mais la cacophonie inutile de la plupart des morceaux les rend indigestes.

Voilà près de 30 ans que Public Enemy tape du poing sur la table et secoue ses auditeurs : ils sont connus pour ça. Seulement, les textes et la musique manquent de souffle et n’ont plus le mordant qu’ils avaient par le passé. A 55 ans, Chuck D a de quoi être fier, mais peut être serait-il temps de passer à autre chose ?

Paul Le Gloan