Bad Neighbor marque le retour du trio formé par Madlib, M.E.D et Blu, deux ans après la sortie de leur premier projet, The Burgundy. Seulement, cette fois, c’est tout un conglomérat qui s’est formé autour du trio: l’insaisissable MF DOOM, Anderson Paak., Mayer Hawthorne, ainsi que Aloe Blacc par endroits. The Burgundy, qui n’était qu’un EP, semble avoir trouvé sa juste résolution.

Madlib est un nom que tout afficionado de hip-hop qui se respecte a entendu. Ses projets, toujours quelque peu voilés d’autodérision, de cynisme et d’humour, n’en sont pas moins des monuments du hip-hop : le culte Madvillainy réalisé avec MF DOOM, ses collaborations avec J Dilla, ou encore The Unseen, où il incarne l’étrange Quasimoto, ou même Shades of Blue, un album de remixes hip-hop de la collection de la maison de disques de jazz Blue Note Records.

Sans Madlib, cet album n’a aucun sens. L’effervescence groovy des productions, l’humour noir, l’arrière goût de jazz, les envolées mélodiques, en bref, tout ce qui fait la qualité des productions de Madlib est au rendez-vous. Même si l’effet patchwork produit par le sampling (l’utilisation d’extraits de morceaux) dont Madlib fait usage à foison peut être gênant par moments, il n’est pas suffisant pour perdre l’auditeur ou rendre l’écoute de l’album de bout en bout désagréable.

Lyriquement, on se rend compte assez vite que Blu, M.E.D, MF DOOM, et par ailleurs tous les invités qui se succèdent sur l’album, ne sont presque là que pour s’éclater. Les raps sont précis, drôles, loufoques, et il paraît évident que l’enjeu principal est de divertir, pas de soutenir une thèse en littérature. Dans une interview qu’il a accordée à Rolling Stone, M.E.D explique que dans « Knock Knock », MF DOOM raconte qu’il se complaît à s’incruster chez ses copains rappeurs pour leur chaparder des DVDs, de la bouffe, des boissons. On n’en attend pas moins d’un Madvillain comme lui!

Bad Neighbor est hyper fun. Pas plus, pas moins. C’est le genre d’album qui trouve son authenticité dans son réalisme, dans sa modestie. Ce n’est clairement pas un classique mais quand un morceau de l’album passe sur mon iPod, je ne passe pas à la suivante. Ne pas manquer « Peroxide », « The Stroll », « The Buzz ».

Paul Le Gloan