Sour Soul : Quand Ghostface Killah rencontre Badbadnotgood

Oeuvre singulière et savoureuse Sour Soul nous immerge dans un univers mélancolique plaisant, insufflé par sa musicalité au jazz épuré. Mais pas que...

Une sensation gustative s’imprègne dans nos esprits, peut être un mélange « aigre-doux » dévoilé par le titre de l’album. La nourriture est un véritable leitmotiv qui comporte plusieurs morceaux évoquant la sphère culinaire (Nuggets of wisdom, Food lyrics). Le rappeur exhale étonnamment les bienfaits du poisson, du yoga, en somme d’une vie saine – voire sainte « no pork on the fork » (Nuggets of wisdom).

Bien étrange et drôle pour un album de rap. Et pour cause…

Sour Soul est le fruit d’une collaboration surprenante entre le jeune jazz band Badbadnotgood, le producteur Frank Dukes et le rappeur Ghostface Killah membre du légendaire Wu-Tang Clan. Avec une intro, onze titres dont quatre featuring de marque - Danny Brown (Six Degrees), MF Doom (Ray Gun), Elzhi and Tree, autant dire que l’album plutôt court – une trentaine de minutes – est un exercice de style, mais de très bonne facture.

Repéré dans le milieu rap par Tyler the Creator, le jeune trio canadien Badbadnotgood flirte avec le genre depuis déjà un petit moment ; d’où la classe et l’élégance de Sour Soul. Pas de DJing ni de sampling, la force de l’album subsiste dans ce dialogue constant entre le rappeur et une production musicale organique (guitare, basse, batterie, violon, synthé).

Ghostface Killah parvient alors à poser son flow mythique sur une instrumentation de même calibre. L’ego trip caractérisant le rap game est mis au banc. GFK n’a plus rien à prouver : « I say Nigga I'm on top of my pinacle » (Sour Soul). Avec deux albums sortis en moins de trois mois (36 Seasons), le rappeur affirme son statut d'artiste en série à l’image de son avatar : « I'm Iron Man, a stone faced killer with a mask » (Sour Soul).

Avec Sour Soul, Ghostface Killah confirme sa frénésie musicale, son envie de transcender et de métisser les genres, mais aussi de se confronter avec une nouvelle génération créative et créatrice. N’a t-on pas vu récemment Paul Mc Cartney aux côtés de Kayne West ?

Sortie le 24 février 2015.

Anaïs Poirier N’Diaye