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Brockhamton, Saturation 2

Brockhampton, le collectif ou « boy band », comme ils se surnomment parfois eux-mêmes, a sorti Saturation 2, le deuxième opus d'une trilogie à boucler à la fin de l'année. C’est grinçant de sarcasme, parfois franchement drôle, parfois plus sombre, et c’est en somme une réussite.


Malgré les multiples intervenants et ambiances qui se succèdent sur les 16 pistes, l’album défile avec une belle allure à l’écoute. Ce qui est une bonne chose sur un projet de collectif, dans la mesure où le nombre de rappeurs et de featuring est important et peut vite imposer une trop forte densité, si ce n’est de la lourdeur à un album. Sur Saturation 2 en revanche, les titres s’enchainent avec légèreté et ces modulations parfois drastiques d’atmosphères, qui laissent l’impression de se retrouver dans une boite berlinoise « 2 salles, 2 ambiances », et marquent clairement l’individualité sans sacrifier la cohérence entre les nombreux protagonistes du collectif.



Sur « Gummy », le premier titre de l’album, les 4 rappeurs viennent de braquer une banque et, gracieux, ont le temps de poser pour un petit ego trip maintenant que l’argent n’est plus un problème. C’est caustique sans être virulent et en plus il y a un lama dans le clip. Le titre ouvre donc l’album avec une bonne énergie. Dans la même veine « Jello » est assez régressif, avec son intro qui tourne en boucle. « Queer » amorce un virage plus exigeant : reprenant la définition de ce terme : « strange, odd », il permet aux rappeurs de se livrer à un autoportrait un peu moins goguenard… « Teeth » est aussi plus introspectif, l’espace est laissé à Ameer Van qui y développe son expérience du racisme et sa médiation vers la musique pour représenter la stigmatisation. Dans le même esprit, « Fight » expose la difficulté plus générale de grandir noir aux US. Classique sur des albums ayant une écriture critique et une vision sociétale, mais ça ne fait jamais de mal d’insister sur ce sujet. En plus c’est bien produit. « Tokyo » quant à lui est peut-être le titre le plus « jazz » sur son refrain tout en restant assez mature dans ses thèmes. Le 2ème interlude « Jésus » est magnifiquement cliché dans son propos : une relation romantique sur un chant r'n'b satiné, plaisir coupable.
 


Même si Saturation 2 alterne avec justesse autour de ses titres plus ou moins ironiques, « Junky » reste pour moi un de titres important de l’album, le groupe laisse un peu tomber les bouffonneries auto parodiques (quoique) pour se concentrer sur leur démons intérieurs. Une forme d’interlude engagée bienvenue dans l’album.

Les 3 derniers titres sont un peu à part, dans le sens ou « Gamba » amorce une certaine forme d’apaisement, c’est un titre qui dégage aussi une impression étonnamment mélancolique, que Kevin abstract résume (jeu de mot bilingue, sans faire exprès) ainsi sur son tweeter : « gamba reminds me of 2009.. if cudi, ye, and m.i.a. made some fresh shit with timbaland ». Mystère résolu. « Sunny » et « Summer », en détente, finissent la descente tranquillou vers la fin de l’écoute, avec une boucle à la guitare agréable pour « Sunny » et le solo de bearface avec une instru à la guitare électrique plutôt kitsch mais vraiment pas déplaisante.  

Saturation 2 valide le coup d’essai et prépare le terrain pour le troisième volet. Espérons donc que le collectif puissent produire après 2 ans d’existence encore quelques projets sympa comme celui-là, sans emprunter trop vite un scenario à la Odd Future, auxquels ils sont parfois comparé. Enfin, comme le dit si bien Kevin Abstract, le leader de Brockhampton à Viceland : « I made Brockhampton because I didn’t have any friends. »


Kevin Abstract, Matt Champion, Ameer Vann, Merlyn Wood,Dom McLennon, Joba, Kiko Merley, HK, Jabari Manwa, Romil Hemnani, Bearface, Robert Ontenient, Ashlan Grey, Robert Ontenient

Chroniques - par Pierre Durand - 23 septembre 2017


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