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Action Bronson, Blue Chips 7000 (Atlantic Records/Vice Records, 2017)

"Du pain et des jeux". C'est ce que nous a toujours proposé Action Bronson, dans sa musique et dans ses shows TV. Il n'avait pas prévu de déroger à la règle avec son nouveau projet, troisième et a priori dernier de la série Blue Chips, et deuxième album en bonne et due forme. Du pain et des jeux donc, à la manière d'un empereur romain engraissé par trop de banquets. Car c'est de cela qu'il s'agit: de la weed, de la bonne bouffe, des culs, des délires, bref tout ce qui existe de jouissance en ce bas monde. Mais toujours dans la bonne humeur et la bonhomie. Tout comme il piège sa mère en ouverture d'album en l'enregistrant alors que la pauvre est complètement stone, il se joue de nous en introduction de "9-24-7000" en partant dans une réflexion métaphysique qu'il balaie rapidement d'un gloussement gras. Action Bronson, c'est un peu le Bacchus des temps modernes.

L'outrance du new-yorkais est même poussée jusqu'à parodier le "my life, my life" de Roy Ayers ("Everybody Loves the Sunshine") en s'improvisant chanteur sur "Bonzai", et en travestissant cette ode bucolique par un "my dick, my dick" sur "Let Me Breathe". Toujours autant de jurons donc, et tout autant de références sportives comme il avait l'habitude de le faire: le mec n'est pas venu rehausser le lyrisme du rap game. Mais à quoi bon quand on fait de la bonne musique? "Good music is good music" disait-il déjà pour défendre son premier album, Mr Wonderful (2015). Et en la matière, il faut admettre que l'ancien chef a les oreilles affutées. 8 des 13 morceaux de l'album sont construits sur des samples, mais quels samples! "Bonzai" par exemple emprunte à Scope, un groupe néerlandais de jazz/rock des années 70, un morceau imprononçable ("Kayakokolishi"). Le titre n'est tout simplement pas disponible sur internet. La bossa nova de "My Right Lung", c'est encore un morceau tiré des années 70, tout comme le groove de "Let It Rain" qui sort tout droit d'un standard nigérian de la même décennie. Avec des choix aussi pointus, on ne s'étonnera pas du retard accumulé pour sortir cet album. Il faut féliciter le staff de la maison de disque qui est parti à la chasse aux copyrights. Mais l'attente en valait la peine: merde, qu'est-ce que ça groove!

Avec tout ce beau matériel, on a du mal à comprendre pourquoi "The Chairman's Intent" a été choisi comme titre promotionnel. Certes, il s'agit encore une fois d'un sample de derrière les fagots (une chanteuse thaïlandaise). Certes, le clip est complètement barré, sorte de pot-pourri entre un film bollywoodien, un Tarantino, un thriller coréen et Machete. Mais bon. Musicalement, c'est moins travaillé que bon nombre d'autres morceaux, le douloureux "Chop Chop Chop" ou bien "La Luna" dont les accords aux sonorités jazz seraient presque trop raffinés pour la goinfrerie d'Action Bronson. La collaboration avec Rick Ross ("9-24-7000"), d'excellente facture, reste elle aussi dans l'ombre.

Coup de cœur instantané pour "The Choreographer" qui nous plonge dans une scène surréaliste ou on croirait entendre Monsieur Loyal en plain cirque Medrano. Plein de malice, le titre fait aussi écho à "Let Me Breathe" sur lequel Action Bronson se moque gaiement des chorégraphies calibrées pour la majorité des tubes internationaux. Bien-sûr, on rit à l'idée d'imaginer le corpulent rappeur s'essayer sur les mouvements de Despacito, et lui-même n'hésite pas à ériger son surpoids en fierté. L'instru du morceau n'est pas sans rappeler Crash Bandicoot, mais c'est encore une galéjade du new-yorkais. Le morceau samplé est "The Fat Boys Are Back" de The Fat Boys. Véridique. Et puis il y a cette interrogation quasi rhétorique sur "Wolfpack", "Why I got those extra seats for?". Il est vrai que dans certaines cultures, être bien portant est symbole d'opulence. Pas étonnant que les gros rappeurs ne se distinguent pas par la rapidité de leur flow, le temps c'est de l'argent, et eux en ont à foison. Josiane Balasko nous avait servi "Les hommes préfèrent les grosses" en 1981. De là à dire qu'Action Bronson nous propose la réciproque masculine? C'est peut-être un peu osé.

Chroniques - par Willy Kokolo - 31 août 2017


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