Scallops Hotel, Over the carnage rose a voice prophetic

Quel est le lien entre le titre de son album et le poème du (presque) même nom : « Over the carnage rose prophetic a voice », écrit par Whitman pendant la guerre de Secession ? Scallops Hotel a inversé « voice » avec« prophetic ». Le poète idéaliste revendiquait à l’époque - le XIXème siècle - le droit à l’affection entre les hommes, dont la reconnaissance de ce lien, portée par la fiction de ses œuvres mettrait fin selon lui aux conflits entre les hommes. Une belle ambition plus détaillée ici. Revenons donc à l’album.

L’écoute des 10 pistes de Scallops Hotel à quelque chose d’une expérience psychédélique, et il est surement de bon ton de s’imprégner de l’album par la voie phénoménologique. Milo aka Scallops Hotel écrit d’ailleurs sur sa page facebook : « i have to ride for an art form that is so often misidentified with decadence and opulence and maximalism. i have to change your mind. i have to change your mind. »

D’une forme de discordance à la première écoute de cet album, se profile ainsi progressivement une structure générale. L’album nous propose ainsi un patchwork de sons, de textes et de voix dont il faut s’imprégner par l’expérience subjective associative pour reconstruire « un sens » que Scallops Hotel a peut-être volontairement déconstruit.

Il n’est toutefois pas évident de dégager l’intentionnalité d’un artiste sans risquer de sur-interpréter ses références ou sa méthode. Le message du poème éponyme de Whitman était ainsi empreint d’humanisme, et ce durant un conflit civil étasunien, dans une société dont les prémisses du capitalisme étaient encore marquées par un puritanisme excluant les différences, jugées immorales. Tandis que Scallops Hotel évolue en 2017 dans un monde « hyper consommable », où la question identitaire prend une ampleur considérable pour les rappeurs, à l’image de son titre « What i am ». La désuétude des institutions traditionnelles et des solidarités communautaires, ou au contraire leur repli forcené sur les valeurs traditionnelles nous poussent effectivement vers cette quête identitaire que l’on doit accomplir, de plus en plus seul.

Scallops Hotel n’y coupe certainement pas, si l’on se réfère à ses multiples pseudonymes. Autant de fragment d’identité dont le rappeur prolifique se pare en fonction des circonstances. Et à une centaine d’année d’écart, son message est finalement peut-être empreint du même humanisme, de la même reconnaissance de cette affection entre les hommes si chère à son confrère poète.  

Chroniques - par Pierre Durand - 13 juillet 2017


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