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Immanquable!

Vince Staples, The Big Fish Theory
 

Comment Vince Staples nous fait mordre à l’hameçon avec son nouvel album, The Big Fish Theory.


The Big Fish Theory est à la fois surprenant et prévisible. Surprenant car il rompt avec l'univers de Summertime 06 et explore des sonorités électroniques expérimentales. Prévisible, parce que l’artiste de Long Beach œuvre avec sensibilité et brio à l’ouverture d’un rap dé-ghettoïsé, hybride et nourri d’influences puisées çà et là pour faire le pari d’un rap « over the top » ; et il est en cela fidèle à lui-même. Perfectionniste à souhait, il a également pris le risque de réunir une kyrielle d’artistes et de producteurs, comme Flume, A$ap Rocky et Kendrick Lamar sur le titre « Yeah Right » ou encore Justin Vernon de Bon Iver sur « Crabs in a Bucket ».  Au travers de ce joyeux mélange, The Big Fish Theory s’impose de fait comme un album non genré, où Vince Staples fait cohabiter la trap music, l’électro, et le rap sans vraie fausse note. Ne faut-il pas aussi l’interpréter comme la volonté d’échapper à la classification ou à l’attribut d’un genre ? Peut-être pour se jouer d’une industrie musicale qu’il considère comme standardisée à l’excès et très conformiste. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, s’il la ridiculise et se livre à une critique au vitriol du monde de la musique sur « Crabs In A Bucket ». Littéralement « un panier de crabes », où il décrit un univers impitoyable dans lequel chacun est prêt à jouer des coudes, vaincre l’esprit d’équipe, et décrocher son quart d’heure de gloire personnel.


Plus intriguant, Vince Staples a choisi l’eau comme l’élément central de son album. Il file la métaphore – des titres en passant par le nom de l’album, jusqu’à l’illustration de la pochette – ou encore le nom de sa tournée : Life Aquatic Tour. Là où communément l’eau est associée à la régénérescence et au renouveau, Vince Staples l’utilise comme prétexte et faire-valoir à une introspection très décomplexée, sur ses errements personnels et son passé – non sans une certaine nostalgie – comme sur « Alyssa Interlude ». Sans conteste, la figure emblématique de cette mélancolie est incarnée à plein par la présence d’Amy Winehouse, une artiste qui avait d’ores et déjà inspirée Vince Staples sur Prima Donna et pour qui, il reconnaît son admiration viscérale. Sur ce titre, il a ainsi recours au sample d’une interview donnée par Amy Winehouse, alors qu’elle présentait à l’époque son excellent album Frank. Vince Staples a par ailleurs déclaré dans le magazine Rolling Stones : « C’est une des plus grandes auteure-compositrice-interprète que je n’ai jamais entendue. On peut comprendre et ressentir chacun de ses mots. Et c’est le but de la musique…Faire ressentir des émotions aux gens ».


Quant à la « théorie du gros poisson », il semblerait qu’il n’y ait pas vraiment d’explications. Du moins, Vince Staples n’a pas souhaité en dire davantage sur sa signification, rapportée à son expérience personnelle. Cela n’a pas empêché les réseaux sociaux et les journalistes de s’emparer du sujet, en spéculant sur des théories toutes plus farfelues les unes que les autres. La plus plausible étant que la taille du poisson serait proportionnelle à celle de son bocal, et qu’en d’autres termes sa croissance serait empêchée. A notre tour de spéculer, et d’y voir peut-être là encore une critique sociale, voire un leitmotiv sur la non-égalité des chances.  


The Big Fish Theory est rafraîchissant, futuriste, et se refuse à toute catégorisation. Il relève haut la main le défi de l’originalité musicale, acte la fin du flirt avec le « Rap Ghetto » et officialise une percée dans un univers musical plus recherché. Une évolution musicale qui pourrait faire dire que Vince Staples est définitivement un caméléon.

Chroniques - par Julie Chiavarino - 28 juin 2017


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