GoldLink, At What Cost (RCA Records)

GoldLink revient avec At What Cost, une production musicale, électrisante et très cross culture sur laquelle il réserve une place de choix à des collaborations d’exception. A mi-chemin entre l’immersion urbaine et la déclaration d’amour, ou encore l’album et la mixtape, At What Cost est en grande partie dédié à Washington D.C - la douce - à l’image du titre « Roll Call » (feat. Mya) sur lequel GoldLink ne tarit pas d’éloges à son propos et exprime sa fidélité indéfectible. Expérimental, orienté vers sa ville, ses évolutions démographique et culturelle, le titre « Opening Credit » est un fourmillement de bruits, de sons hachés, suggérant qu’ici l’urbain prend la parole et que D.C peut très légitiment rêver d’un nom sur l’échiquier. Tout bien considéré, les zones d’influences du hip-hop se réduisent quasiment à un trio de tête statique, englobant L.A, Atlanta, et bien sûr Chicago. Difficile donc de se faire une place, sauf pour celui qui souhaite challenger un état de fait.

A cette certaine idée de Washington, à la fois sévère, corrompue voire trop diplo, il donne et oppose un insight d’une ville tumultueuse, survoltée, branchée à 3000 volts. Car GoldLink l’assure, D.C est une extension de lui-même voire la pièce maîtresse de sa construction personnelle. Au-delà du simple hommage, riche en clins d’œil, il réalise une prouesse musicale en faisant cohabiter également une myriade de talents, et d’influences pour finalement réunir les as d’un triangle d’or : le DMV. Cet acronyme renvoyant à Washington D.C, le Maryland, et la Virginie, sert tout simplement à désigner les Etats desquels sont issus les différents artistes ayant collaboré. Bien que nombreux, chacun semble avoir ce même rapport à l’urbain et tous s’en retrouvent influencés dans leur musique si l’on en croit les featurings.

Sur cet album, GoldLink co-construit des atmosphères musicales très différentes les unes des autres. Sautant d’un environnement chill comme celui de « Summatime » (feat.Wale et Radiant Children) à des ambiances feutrées de boudoirs, comme le très sensuel titre « Crew » (feat. Brent Faiyaz et Shy Glizzy), ou encore « Meditation » (feat. Kaytranada et Jazzmine Sullivan) davantage à destination des papillons de nuit, avec pour toile de fond une ambiance à son climax façon Boiler Room. Il révèle également d’autres productions particulièrement réussies, dont « Some Girl » (feat. Steve Lacy) qui pourrait presque sortir de l’album « Fly Or Die » de N.E.R.D (2004). Mais là où GoldLink ne surprend pas, c’est sans doute par sa capacité à concocter des musiques aux vibes toujours plus positives et engageantes, comme sur le titre « Have You Seen That Girl » où il exploite avec brio le courant funk « go-go » made in D.C, et sur lequel tout à chacun pourra s’imaginer en mode roller skating, glace à la main à conter fleurette. Cette parfaite synthèse est la preuve qu’il est bien difficile d’attribuer une étiquette à GoldLink, puisqu’ici il s’installe et se fonde durablement dans ce qu’il théorise comme étant le Futur Bounce. Un courant musical nostalgique et hybride aux intersections de la soul, du hip-hop et de la funk et aux influences groove.   

L’amour, l’amour toujours l’amour

Des productions sensuelles, festives, qui appellent donc au lâcher-prise voire à des postures lascives, c’est plus ou moins ce que GoldLink offre en arrière-plan, et dont il était déjà question dans son précédent album, And After That, We Did Not Talk. Mais voilà, comme toutes les bonnes choses ont une fin, vient le moment de la descente, du dernier verre, et l’idée qu’une fois l’ultime son passé, il faudra rentrer au bercail seul ou accompagné (c’est selon).

Même si At What Cost est empli de vibes positives, GoldLink parle surtout de l’amour « gueule de bois » qu’il conçoit à travers les one-night stand écumées à répétition, réduisant sa vie nocturne à des déceptions en série. Pas étonnant donc, qu’il reconnaisse et critique aussi son aveuglement systémique pour la « plastique » comme sur le titre « Have You Seen That Girl » ou « Crew ». Résultat des courses, notre homme est incompris et laisse faire dire aux autres qu’il est assez mal aimé, comme sur le titre « The Parable Of The Rich Man ».  

Enfin, il y a aussi les flirts contrariés qui tournent mal comme sur « Meditation » où il met en scène un homme et une femme qui se cherchent, pour finalement voire leur début de flirt tué dans l’œuf à la suite d’une rixe opposant leur gang respectif.

Sur le fond, GoldLink réussit une belle performance, alors qu’il en est encore au stade des albums crash tests. Dans At What Cost, il parvient à mêler avec brio les dimensions musicale et urbaine en prenant la ville pour unique prétexte. Mais il confirme également sa propension à raconter toujours plus d’histoires à travers des scènes de la vie quotidienne absolument communes pour ne pas dire banales sur des sons toujours plus vitaminés. Alors, est-ce qu’on lui dit oui à DC ?   

Chroniques - Julie Chiavarino - 29 avril 2017


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