Ka, Honor Killed The Samuraï,  2016

Le rappeur de Brownville du label Iron works Records pose le ton de son dernier album Honor Killed The Samuraï avec l'artwork de sa pochette : la vue d'une tombe creusée où surplombe une pierre commémorative. Honor Killed The Samurai, c'est très certainement le soundtrack qui manquait à Hanshirô Tsugumo, le ronin errant du film Seppuku, tant le flow suspendu, mélancolique de Ka vient se superposer sur les productions incitant au voyage spirituel vers le pays du soleil levant. Le tout est magistralement synchrone, et parfois l'instru l'emporte sur le discours de Ka, comme dans Just ou le son tourne en boucle de manière infernale. Ou alors c'est sa tessiture particulière, qui rappelle un certain DOOM, qui vient nous envelopper dans un univers en mi-teinte, sombre mais lucide, « conflicted », à l'image du premier titre sur l'album. Cette distance contradictoire avec son propre récit, elle lui semble indispensable pour resteren phase avec ce qu'il veut transmettre : « Was steady pride, try to show you every side / I give it life, but write like I already died  / No petty fray, every day I hail the truth ». 

Ka cultive plus que sa street credibility, il défend son idée de l'intégrité, et notamment dans son processus de création artistique ou les titres « Mourn of the night » et« $ » viennent en partie fustiger les Mcees qui n'ont basiquement rien à développer d'autre que leurs délires matérialistes. Le rappeur compose également avec la lenteur : « Ours » avec son rythme allongé qui tourne en boucle soutient son apologie de la patience, des sacrifices et des heures perdues à travailler son art. On comprend pourtant qu'il n'a pas le sentiment que son temps est spolié : « These seconds, these minutes are ours ». Esthétiquement, Ka aime jouer sur l'homophonie de ses lyrics ou des samples qu'il choisit, ce qui entretient une ambiguïté émulatrice dans notre compréhension, et apporte un sens paradoxalement jamais contradictoire, mais plus profond sur son propos, comme dans le titre Ours :  « These seconds, these minutes right hère / You know who they belong to ? / Us /That's why they call 'em ours ». 

L’album se clôt naturellement avec « I wish (Death Poem) » , titre ponctué de riffs de guitare électrique traînants et répétés qui viennent soutenirun spleen qui dure déjà depuis le premier morceau de l'album, et qui est d'autant plus terrible qu'il est clairvoyant : il ne reste alors que le silence après les dernières notes du poème de Ka, qui nous laissent un moment d’hébétement après la torpeur insidieuse, mais jamais tranquille, qui s'était installée en nous. 


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