Isaiah Rashad, The Sun’s Tirade (Top Dawg Enterntainment, 2016)

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en écoutant le dernier Isaiah Rashad, moi qui ne m’étais pas trop penché sur son EP précédent (Cilvia Demo, sorti en 2014). Je ne sais toujours pas trop quoi penser après plusieurs écoutes en profondeur.

Le jeune protégé de TDE (Top Dawg Entertainment, son label) bénéficie d’un entourage professionnel exquis dans lequel il côtoie les grands noms du moment, notamment Kendrick Lamar qui est invité sur un titre de l’opus en question, sans parler de la batterie de producteurs qui ont investi tôt dans son talent. Et pourtant, le natif du Tennessee s’adonne tellement aux plaisirs illicites qu’il a failli tout foutre en l’air. Jugez par ses propres paroles : « They got me so high that I look like I’m passive » (« Park »). Remis de justesse sur les rails, il nous livre un album très abouti musicalement, quoique difficilement intelligible.

En écoutant The Sun’s Tirade, on sent d’office le bon goût musical d’Isaiah, sûrement accentué par l’excellente production de son label. On passe sans difficulté des sons très groovy à des morceaux plus conventionnels au vue des standards actuels : beats lents et instrus bien léchées. Le flow lui aussi est lent, mais non-dénué d’intérêt. Avec Isaiah, ce n’est pas tant la vitesse d’exécution qui compte, mais plutôt la manière de s’approprier le rythme, la nonchalance avec laquelle il mêle chant et rap. Le revers de la médaille, ce sont des lyrics peu élaborées. Comme on pouvait s’y attendre, la thématique de la drogue et de l’alcool est en filigrane sur tout l’album, comme une salutation à ses propres démons. Les fulgurances lyriques dont il fait parfois preuve (l’analogie entre le talc pour son jeune fils et la coke sur « 4r da squaw » par exemple) sont noyées dans un flot de paroles brouillon.

Sur « Free Lunch », un des titres phares de l’album, le chorus est resté tel qu’il l’a claqué lors de la première prise : le flow est excellent, mais il admet lui-même que le morceau n’a pas de sens précis.  Je ne suis pas sûr de pouvoir lui en tenir rigueur. Après tout, il n’a jamais eu l’ambition de faire un album politique. « When I’m sober, I might testify / that this world has fallen out of place », promet-il sur « Rope/Rosegold » : difficile à croire quand on connaît son passif. Et pourtant, on décèle presque une grande lucidité de sa part sur « Bday » : « How do you tell the truth to a crowd of white people ». Le nigga du Tennessee a peut-être tout simplement décidé de lâcher l’affaire dans ce combat contre l’establishment. A contrario, il rayonne lorsqu’il célèbre sa famille : amour de sa copine et de son fils, estime pour sa grand-mère, et émotion avec son père retrouvé.

Pour l’heure, l’album reste avant tout une belle création musicale. Je dois aussi mentionner « Don’t matter », titre à part de par son tempo rapide et son aspect plus jovial. Bref, les lecteurs se feront donc leur propre opinion. Voici, avec ces deux titres révélateurs, un avant goût : « Free Lunch », dont j’ai déjà parlé et que son groove érige comme pépite instrumentale, ainsi que « AA », atmosphérique à souhait. 


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