Vince Staple, Prima Donna

Vince Staples a la grosse tête et le petit corps d’un PEZ sur la pochette de son tout frais Prima Donna, un EP de sept titres qui fait suite à son premier album, le très acclamé Summertime 06’ paru à l’été 2015. Prima Donna était attendu, mais pas autant que le tout nouveau De La Soul sorti le même jour, le 26 août. Cette connivence ne l’éclipsera pas, loin s’en faut et à raison : il est très réussi. Depuis 2011, Vince Staples saigne la sphère rap de ses exhortations réalistes dirigées contre les violences sociales qui sévissent dans son quartier de Long Beach, Los Angeles. Après avoir côtoyé les gars de Odd Future, il s’en éloigne pour éviter d’en être assimilé. Plus sérieux, moins dans la déconne et le bizarre du collectif, il fait cavalier seul et aborde le rap avec le sérieux d’un Earl Sweatshirt - qui l’avait convié sur trois titres de Doris (2013) et l’excellent « Wool », le dernier titre de I Don’t Like Shit, I Don’t Go Outside (2015). Comme le jeune prodige de Odd Future, Vince Staples s’est construit l’image d’un rappeur aux rimes sombres. Lui se dit plutôt lucide. 

D’apparence, Prima Donna évolue sur des intrus moins froides et plus variées que celles de Summertime ‘06. S’y décèlerait presque un soupçon d’énergie positive. Pas de joie franche ni de mièvrerie, mais la ferveur testostéronée de « War Ready » ou de « Big Time ». Avec la première boucle de « Smile » on se dit que Vince Staples s’est peut-être laissé aller à un morceau de club. C’est sans compter sur une instru qui s’essoufle progressivement, d’un début pumped it up à un déclin progressif où le refrain « Smile for me » tombe dans le désespoir d’un écho oublié, lointain. Plutôt une exhortation à l’espoir qu’un hymne à la joie, « Smile » se termine sur un couplet final à la répétition mortifère,              « Sometimes i feel like giving up », à l’image de l’âme tourmentée de l’ancien crips. Rien de neuf, Vince Staples a le blues tenace (« My soul burning set me free »); parle de suicide en se montrant l’âme d’un artiste (« I load the 44/Then paint the Van Gogh »); et souhaite s’en aller loin, assénant au morceau éponyme un dernier couplet désespérant (« I just want to leave forever »). 

Du désespoir pas pleurnichard tant les productions de Dj Dahi, No I.D et James Blake sont percutantes et les beats segmentés. Vince Staples peut y faire valoir son flow de métronome inarrêtable. À Killo kish, qu’il avait déjà invité deux titres de Summertime 06’, il laisse même chanter un couplet rassurant (« Things are going pretty great » ou « It’s ok, It’s ok, I guess I should say ») sur « Loco », avant que cela ne dégénère, sans surprise. Prima Donna déborde d’une énergie guerrière, où la rage répond à la lucidité. Ah, et il a invité A$ap Rocky pour le cantonner à un pont fait d’une et une seule phrase (« Once you get addicted to it »). Comme quoi, Vince Staples se suffit à lui-même.

 

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