De la Soul, And The Anonymous Nobody

USA. Fin des 80’s. Le rap US prend une nouvelle tournure et voit se multiplier des textes radicaux accompagnés d’une musique agressive qui prend à la gorge et dénonce la politique et ses représentants - la bienséance nous proscrit de traduire 

« F*%k da Police » de NWA. Le gangsta rap sort de terre. A contre courant de cette spirale de haine musicale, trois jeunes étudiants (Posdnuos, Dave et Maseo) veulent se démarquer et s’imposer sur la scène hip hop. De La Soul est né. Leur style tranche avec le gangsta rap (couleurs, chemises hawaïennes, etc).  Leur musique aussi. Ces derniers vont puiser leur inspiration plutôt du côté du jazz et du funk, et les lyrics tournent plutôt autour de la sphère de l’amour, de l’amitié ou de la paix dans le monde(une hérésie pour les G’s). Leur domaine de prédilection : le sampling. Ils l’ont réinventé, sublimé même, créant entre autres les tubes« Me, Myself & I » ou encore« All Good », qui figurent au panthéon du hip-hop.  

Mais voilà, ce qui a contribué à leurs succès causera aussi leur déclin. Avec l'émergence d'internet, la législation a radicalement changé quant à l'utilisation des samples. Ainsi De La Soul est noyé dans une pléthore de procès pour utilisation illégales de samples et plagiat. Après 12 ans d’attente, ils sortent finalement un album financé par les fans via le crowdfunding (oui ça arrive même aux meilleurs).

Le bébé s’appelle And the Anonymous Nobody et il a de quoi impressionner avec sa myriade d’invités prestigieux (Usher, Snoop Dogg, David Byrne, Little Dragon, Damon Albarn ou encore 2 Chainz). Une liste qui peut être prise comme l’indice d’une déception : sur les 18 titres que composent l’album seulement un tiers (ou moins) porte la marque “De la”. Trop peu pour les fans. Les emcees se trouvent orphelins de leur manière de procéder, l’absence de sampling se fait cruellement ressentir dans l’album. Pour palier ce manque, De la Soul se laisse aller à quelques expérimentations musicales comme « Drawn », un méli-mélo symphonique ponctué agrémenté des chœurs des Little dragon.

Flows et lyrics se sont affinés comme un bon vin avec le temps ; ils sont toujours des conteurs hors-pair - « Escort on the high class side/Champagne glass rides/White snow waterfalls, oh how time flies » -  mais la cool attitude, fleuron du style « De la » est trop peu présente dans la tracklist. Il y a bien « pain », un featuring avec l’eternel Snoop Dogg où ils retrouvent un semblant de funk dansant qui a fait leur succès d’antan qui vaut quelques pas sur la piste de danse en dessous de la boule facette. Mais ce n’est pas assez. Dans « Here in after », ils entrent dans le sillage pluri-musical si symbolique de Gorillaz, dont l’un des membres, damon Albarn, est présent sur le son, teasant ainsi leurs futures collaborations. 

Corollaire au talent, l’attente a été immense mais l’album peine à ressortir la marque De la Soul. C’est amputé d’un membre que les emcees ont entamé ce projet, et c’est avec les honneurs qu’ils s’en sortent, même s’ils auront du mal à convaincre les puristes de la première heure.


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