Skepta, Konnichiwa

Les bas fonds londoniens ont vu l’essor d’un nouveau genre musical dans les années 2000 : le grime, un mélange entre le hip-hop, les cultures garage, drum & bass et dancehall.

Cette musique de l’underground vouée à rester dans l’ombre attire pourtant la lumière, la faute à l’un des ses pionniers, Skepta (de son vrai nom Joseph Junior Adenuga). Le rayonnement du prodige traverse l’Atlantique pour atteindre le nouveau monde où ses deux dernières mixtapes (l'excellente Blacklisted et The Tim Westwood Mix) ont eu un succès retentissant. Maintenant qu’il a été encensé par Kanye West, Drake et autre Pharell Williams, dire que son prochain album solo était attendu relève du doux euphémisme.

Konnichiwa veut dire bonjour en Japonais. une manière pour Skepta de saluer le monde entier.  Avec des featurings nombreux, Asap Mob, Asap Nast ou encore l'omniprésent Pharell, on peut dire que l'album est façonné pour affronter le marché US.  « konnichiwa » ouvre justement le disque d'une entrée en matière qui avait de quoi surprendre avec ses 40 premières secondes où l’on entend une femme amorcer un air de r'n'b. Mais ce passage confus passé, les grosses basses s’activent et Skepta prend le mic pour balancer son flow incisif.  

On enchaine ensuite sur les deux sons les plus grime de la tracklist, à savoir « Lyrics » et « Corn On The Cub », deux morceaux qui partagent la même ossature, avec des featurings de son pote Novelist pour le premier et d'un pionnier du Grime, Wiley pour le second. Le beat tourne au ralenti mais le flow des rappeurs est limpide, ne leur laissant presque pas de place pour respirer. Mais la crème de l’album réside dans « Shutdown » où l'on retrouve ce qui a fait la renommée de Skepta, un déversement inarrêtable de venin à l'encontre de la police et des politiques (“Me and my Gs ain't scared of police/We don't listen to no politician/Everybody on the same mission/We don't care about your ‘isms and schisms,"), sur des basses lourdes ponctuées par un synthé qui confère au son un aspect grave et inquiétant.

En juin 2014, Skepta avait lâché « that’s not me », deux ans avant la sortie de l’album. Avec des bruitages tendance electro, le emcee accompagné de JME y explore l'introspection mais aussi quelque peu l’arrogance : « It's the return of the mack/I'm still alive just like Pac ».

Musicalement parlant le reste de l'album est beaucoup plus anecdotique, résultant peut-être de cette volonté de plaire au plus grand nombre. L’exemple le plus sidérant est « numbers », un numéro presque expérimentale pour Skepta qui a pourtant mis Pharell aux manettes. Le résultat est éprouvant. On imagine un clip dans le pure style gangsta rap avec des hip hop girls et grosses cylindrés synchronisées sur un rythme lent et binaire. Même son de cloche pour « text me back » dans lequel il s’essaye à la romance, oubliant malheureusement que les grosses basses sont comme un tsunami pour l’eau de rose.

En voulant toucher le plus grand nombre, l’album perd un peu de son empreinte grime. Néanmoins cette album a de la chair, il montre un emcee engagé qui sublime la rue, se laissant aller à quelque facilités du genre du crachat sur des artistes qu’il méprise.  Mais nous ne sommes pas là pour chercher la petite bête. Sur la scène hip-hop, Skepta fait parti du groupe qui plane au dessus de la mêlée... 


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