Ugly Heroes, Everything in Between (Mello Music, 2016)

« An Ugly Hero is the everyday blue collar individual that makes the world go ‘round. These are the heroes that work hard all day, everyday to help ensure that the lives around them are taken care of, and do it all without recognition ».

Tout est dit. Et si vous n’aviez pas compris le message avec l’album éponyme Ugly Heroes sorti il y a trois ans, le trio composé de Red Pill et Verbal Kent au micro et Apollo Brown à la production vous redonne 14 titres pour bien prendre la mesure de leur implication. « I know most people wouldn't call me optimistic / At best I'm realistic and at worst, they say, a cynic » harangue Red Pill dans « Heart Attack ». Après tout, le MC de Detroit ne semble jamais verser dans l’optimisme. Mais c’est qu’il conte sa réalité à lui, pas d’anecdotes masochistes enjolivées pour le plaisir de l’ego trip. Son A.K.A, il le tient de Matrix, souvenez-vous de la pilule rouge qui vous plonge pour toujours dans la réalité glacée de la matrice…

Même chose avec Verbal Kent. Roger ‘Verbal’ Kint, c’est celui qui roule tout le monde dans Usual Suspects en créant une histoire à partir de son environnement. Mais le rappeur de Chicago, loin de vouloir jeter de la poudre aux yeux, se contente de dépeindre la vie quotidienne de ceux qui en chient : « I gotta a feeling that today, yesterday and tomorrow is the same » (« Notions »). Ugly Heroes continue donc sur la lignée de l’album précédent, mais tout n’est pas gris.

Avec ce deuxième opus, c’est le dualisme qui prévaut. Dualisme d’une part entre la fatalité de la vie, un environnement social pourri qui donne une vie de chien, et la force des actions individuelles pour trouver le beau dans la grisaille de tous les jours : « In order for things to change we must all play a part » (« Rules »). Dualisme d’autre part entre le héros de tous les jours, celui qu’ils incarnent et duquel ils rappent les louanges, et le héros traditionnel de la culture populaire, celui doté de compétences hors du commun. Mais la force de Ugly Heroes, c’est de faire référence aux héros fantastiques (Superman, Star Wars, Stephen Curry, Ving Rhames pour ne citer qu’eux), car après tout nous nous réclamons tous de ces personn(ag)es hors du commun. « People love it cause they connect with it » nous explique-t-on dans « Choir Practice ».

La production bien connue d’Apollo Brown sert à merveille la nostalgie des lyrics des deux autres compères. En écoutant les beats pesants et la ligne de basse lourde, on a le sentiment de se retrouver quinze ans en arrière à écouter nos vieilles cassettes audio qui crépitent. Avec beaucoup de touché, Brown nous balance aussi une instru larmoyante dans le très mélancolique « Daisies ». C’est le genre de son qu’on se verrait bien écouter dans une voiture en regardant les gouttes de pluie couler lentement sur la vitre : le temps passe et la vie suit son cours, mais je suis toujours là. Et puis on a une série de titres plus énergiques (« This World », « Can’t Win for Losin », « Force Fed ») qui débouche sur le magnifique « Unforgiven », armé de ce sample de Bobby Hutcherson qui semble nous revenir d’outre tombe après que ce dernier nous a quitté la semaine dernière.

Everything in Between, c’est finalement un hommage à ceux à qui la vie ne fait pas de cadeaux, ceux qui se tuent à la tâche pour une misère. Mais dans la misère de leur vie, l’état de grâce se trouve dans le mystère des choses simples : « Peace of mind is a mystery but after true love / Everything else prior misery » (« Peace of Mind »). 


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