Chance the Rapper, Coloring Book, Autoproduction

Chance the Rapper (Alias Chano, de son vrai nom Chancelor Bennett) nous revient en pleine forme, touché par la grâce et nous offre une troisième mixtape aux morceaux hauts en couleur et inspirés.

Kayne West est le premier à faire son entrée sur le projet, pour un démarrage en fanfare dans le morceau « All we Got », au refrain trop « auto-tuné », mais sauvé par l’énergie débordante qui s’en dégage et les notes joyeuses jouées par l’ami d’enfance de Chano, le trompettiste et producteur très talentueux Nico Segal, alias Donnie Trumpet, avec lequel il a déjà collaboré au sein du groupe The Social Experiment sur  un projet rafraichissant, intitulé : Surf, sorti en 2015.

L’hommage et la « filiation » est évidente, puisque le jeune rappeur de 23 ans a été fortement marqué et influencé par l’album The College Dropout. Renvoi d’ascenseur logique, puisqu’il avait été un invité de marque sur « Ultralight Beam », titre de The Life of Pablo, le dernier album de Kanye West. Une marque de reconnaissance qui ne fait pas de lui un obligé pour autant. Sur « Mixtape » et « No Problem », Chano rappelle qu’en tant que rappeur indépendant il peut jouir d’une certaine liberté et mener des projets créatifs et originaux sans rendre de comptes aux labels. Dans le titre « Blessings (Reprise) », il exulte j’ai été « adoubé » comme petit prodige par Kayne West mais sans pour autant signer avec son label Good Music.

Coloring book n’est pas à proprement parler Gospel (source même de toute la musique noire-américaine « profane »), mais résolument mélodieux et pop, on y perçoit, par petites touches des atmosphères musicales, qui rappellent celles de groupes comme Coldplay ou d’artiste comme Damon Albarn. Dans « Same Drugs » par exemple, petit bijou de nostalgie, mis en relief par un piano, des harmonies vocales et la douceur d’un violon, Chance évoque une amitié qui se délite avec le temps.Le rappeur de Chicago mentionne sa foi chrétienne et scande les valeurs qui l’animent, en se référant aux textes sacrés, mais sans jamais forcer le trait, sans « bigoterie ». Après tout, il s’agit bien de divertissement !  Mais l’auditeur  le plus hermétique au rap, à l’auto-tune, à Justin Bieber (Eh oui il fait une apparition sur le titre « Juke Jam ») ou à Kanye West (et ses accès de « mégalomanie »), appréciera cette bouffée de fraîcheur.

Pour cette mixtape, Chancelor se tourne autant vers des artistes aux talents divers de  sa « hometown » Chicago - la Chorale des Enfants de Chicago, Jamila Woods, Nico Segal, le rappeur Saba -   que vers des producteurs rap et électro d’autres « contrées » - le Canada avec Kaytranada, ou la Norvège avec Lido (Norvège) par exemple - . Des grosses pointures rap et r’n’b   sont également de la partie pour un titre jubilatoire et dansant, « No Problem » (Lil Wayne, 2 Chainz), le chanteur Jeremih, pour un  « Summer Friends », poignant et empreint de mélancolie. Le rappeur y décrit de manière douce-amère les étés de son enfance passés à Chicago, glace à la main, déambulant ou jouant avec ses potes dans les rues de la métropole. Derrière l’angélisme, la toile de fond d’une sinistre réalité, celle d’une violence et d’un taux de criminalité en recrudescence durant cette même saison dans certains quartiers noirs.
Chance the Rapper a grandi dans un milieu privilégié, élevé par un père, occupant un poste à haute responsabilité à la mairie de Chicago et très proche collaborateur du Barack Obama sénateur. Père et fils se sont d’ailleurs réunis pour mener une campagne anti violence auprès des jeunes à Chicago intitulée : Save Chicago. Un background peu commun du côté des rappeurs, qui ne le fait pas déroger   à l’une des rengaines du rap : la famille ou, ici, l’héritage familial – à travers un hommage à sa grand-mère, récemment décédée –  et la transmission : il œuvre notamment pour que sa toute jeune fille puisse grandir et s’épanouir dans une ville plus sûre.

Un attachement à une paix social qui l’éloigne de l’âpreté que l’on peut rencontrer dans le rap. On l’entend jusque dans son timbre de voix : particulièrement agréable et original autant quand il rappe (en variant les rythmes) que quand il se lance dans des envolées chantées. La voix a d’ailleurs une place de choix dans cette mixtape, la sienne évidemment, mais aussi celles de la trompette de Nico Segal (ce dernier soulignait dans une interview accordée au Magazine américain Respect Mag, vouloir faire sonner sa trompette, en s’inspirant des voix de Stevie Wonder, de Lauryn Hill, d’Hector Lavoe ou de Notorious B.I.G) ou de la chorale Gospel, qui interprète les refrains de façon remarquable avec la chanteuse soul et poétesse Jamila Woods.  Le gospel, avec sa puissance rythmique et ses structures harmoniques, sonne comme l’une des sources majeures à la bonne facture de cette mixtape, une « Fontaine de jouvence » remplie d’humour, d’émotions, d’amour et d’esprit.

Par Yannis Kablan - 4 juillet 2016


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