Prince WalyJunior (La Boucle)

Cela faisait un bail que nous n'avions pas entendu un rappeur de cette trempe ! Et on peut dire sans flagornerie, que l’ EP Junior est le projet rap français le plus marquant, de cette fin d’année 2016.

Convaincant et enthousiasmant, Le rap de Prince Waly est très musical et empreint d’ambiances du cinéma américain. On s’y croirait, car le prince a l’art et la manière de planter le décor de ses fictions largement inspirées des trajectoires des protagonistes de films, comme Boyz in Tha Hood, Menace 2 society, King of New York, ou encore la série The Wire, et l’incontournable Casino ( titre « Ginger »).  Le Prince se les réapproprie sous forme de clin d’œil. « Soudoyer le maire » fait penser aux sombres manœuvres et à l’univers de l’éthéré Christopher Walken, alias Franck White dans King of New York.  Waly y rajoute une bonne pointe d’humour noir et de causticité « Son mari est rentré sans son caleçon/Hier soir où était-il ?/ Dans la ville voisine à jouer au craps avec le Président / il y a laissé ses dents/ Le tiers des économies d'cette foutue ville », tout l’art du storytelling, utilisant des images très évocatrices à la manière des membres du collectif Time Bomb. On pense particulièrement aux rimes de Ill des X Men. La « filiation » est d’ailleurs, vécue pleinement puisque Prince Waly avec son comparse de Big Budha Cheez a enregistré un live au studio La Canopée le 26 novembre 2016. On attend de le voir avec impatience…

Dans ses clips, Waly arbore une garde-robe, à faire pâlir tout trentenaire amateur de rap dans les années 90 (sweat Tommy Hilfliger, ¾ Avirex cuir), qui n’aurait pas pu se procurer cette sape exquise et « confortable » comme scande Waly dans « Vinewood » (en feat avec Loveni), nom d’un quartier imaginaire de la ville de Los Santos dans le jeu vidéo GTA V. Sa fine moustache et sa gestuelle lui donnent des allures du charismatique Laurence Fishburne. Et du charisme Waly, pour sûr il en a, son flow est souple et percutant, il est habile et sa diction est d’exception.

Sa façon de chantonner le refrain du morceau « Cherry » est la preuve de son énorme potentiel, sa scansion n’est jamais rébarbative, mais très diversifiée, musicale et agréable, bien à l’opposé de celle de certains de ses confrères du rap français.

Seul bémol, peut-être, mais c’est un petit bémol et il faut garder en tête que Waly est un « rookie » dans ce putain de sport : certaines facilités au niveau des rimes qui peuvent parfois sembler un peu « téléphonées ». Comme dit Ill dans « Modus Operandi », un titre du dernier projet des X men : « si je dois rapper toute ma life, mon dieu il me faut les mots justes ». On fait confiance à Waly pour suivre les conseils de son ainé.

Le premier projet solo de Waly est prometteur, il allie impact visuel avec des clips à la réalisation soignée et originale et impact au niveau du flow. L’atmosphère musicale de Junior est quant à elle, irréprochable et variée (grâce au talentueux beatmaker Myth Syzer), elle est tantôt soul et chaleureuse, comme dans « Cherry », Rn’b dans « Ginger » avec la chanteuse Ada, ou électronique et addictive avec introduction de samples de lyrics de rappeurs (morceau « Junior »). Une mention spéciale à la production du morceau « Rally » (qui sonne comme « Temps mort » de la grande époque de Booba), au rythme accrocheur et ou les cloches sonnent le glas. Il faut se rendre à l’évidence comme le dit le Prince : « C'est Syzer et Waly, On a les meilleurs ingénieurs sur ce rally ».


autres articles

Comment