Caleborate, 1993 (Empire, 2016)

Berkeley est une ville américaine sans vraie grande prétention, si ce n’est sa très fameuse université. C’est également la ville de cœur de Caleborate. Le jeune rappeur de la Bay Area fait partie de ce large bataillon qui fait penser aux vieux croutons que nous sommes que certaines personnes ont le talent précoce. Bon, 23 ans ce n’est pas si âgé que ça après tout, Justin Bieber avait sorti son premier succès à 16 ans tout juste. Mais on se gardera de comparer la qualité musicale des deux artistes.

Marquer son album du sceau de sa date de naissance, c’est donc vouloir tirer un coup de chapeau à la génération 90, celle qui s’identifie à la fois aux téléphones fixes de son enfance et à l’utilisation massive des réseaux sociaux. Son premier album, Hella Good (2015), Caleborate l’avait spammé en grande pompe sur YouTube.  Plus besoin de tour de force à présent, il a su attirer le regard des médias spécialisés. « Blessed with an affinity for wordplay and a compelling sing-song cadence » peut-on lire à son sujet. Et justement, son pseudo invite les friands de jeux de mots à sourire sans trop se creuser les méninges.

 

Caleborate comme « collaborer ». On n’a pas fini de louer les mérites de l’équipe de production de 1993, Caleborate a su bien s’entourer pour ce projet. « Consequences » et son beat sec et saccadé, « Mind Piece » avec la caisse claire militaire, ou encore « Kale » avec la une jolie ritournelle de piano sont autant d’exemples de la diversité présente sur l’album. Quelques featurings remarqués par ailleurs qui apportent un élan supérieur sur plusieurs morceaux. On retiendra le très bon « Options » dans lequel il se lance dans une joute verbale avec ses compères Pell et Sylvan LaCue.

 

Caleborate comme « calibré ». 1993 se veut un album qui parle aux jeunes d’une vingtaine d’années avec des préoccupations de leur âge : l’émancipation vis-à-vis de de la famille, la chasse aux demoiselles, etc. C’est ce qu’il explique dans « Game Over ». Une bonne partie des lyrics est donc tournée pour que la jeunesse s’y identifie, comme un cri de ralliement. « I just want to chill, smoke, drink and be cool » scande-t-il sur « Consequences ». Le clin d’œil à sa génération passe également par la cohabitation musicale de deux périodes, à l’image du téléphone fixe et des réseaux sociaux. Ainsi, samples old school et basses électro se côtoient sans friction sur l’album, un mélange que Caleborate promeut volontiers : « hip hop is just one big melting pot right now ». Dans la querelle entre les anciens et les modernes, lui se prononce une fois de plus pour ces derniers : il apprécie Lil B, n’en déplaise à Anderson.Paak, et valorise sa liberté d’esprit et la positivité qu’il instille dans ses textes. « Aime et fais ce qu’il te plait », disait Saint Augustin.

 

Caleborate comme « élaboré ». Il y a chez lui un soin particulier accordé au style. La jaquette déjà, sur laquelle il se présente avec un air faussement décontracté. Le crâne rasé, c’est quelque chose qu’il revendique sur « Game Over » comme atout de drague, bien loin de l’offensive capillaire proposée par Solange et son « Don’t Touch My Hair ». Le vélo est aussi très présent dans l’imagerie de Caleborate, comme dans certains de ses clips : c’est l’accessoire ultime de la communauté hipsterisante qui foisonne tant sur la côte ouest des US. Enfin, la dent cabossée, il la porte comme Sartre et son strabisme, avec la sérénité de ceux qui survolent la masse.

 

Caleborate, enfin, car Caleb Parker. Trouver un nom de scène catchy n’est pas toujours chose aisée : vous vous souvenez de votre vieux pseudo de Skyblog ? Partir de son véritable nom est généralement une bonne habitude, à moins que celui-ci soit déjà trop usuel (Andre 3000 avait choisi « Dre » à l’origine mais a préféré changé pour ne pas être confondu avec le docteur du hip hop). Pour Caleborate, a priori, l’horizon semble être dégagé avec peu d’homonymes dans le business. L’origine, pour lui, c’était TBKTR pour « that Black kid that raps », une signature qu’il utilise toujours de temps à autres pour se remémorer les temps difficiles passés dans les milieux scolaires dominés par les WASPs alors que lui dormait sur un matelas de fortune après le divorce de ses parents. Délaisser les cours pour se consacrer au rap malgré un cursus en cours à l’Academy of Art University, c’est quelque chose qu’il a fait sans filet de sécurité. D’où ses piques répétées contre Sallie Mae, un organisme de prêts étudiants américain. Pas étonnant que le College Dropout de Kanye West lui ait inspiré tant de bonnes choses. Il rappe aussi avec ses tripes, en atteste le magnifique « August 28th ».

Tout a fini par payer : « Told professor I’m sorry but finals week I’ll be touring » clame-t-il fièrement dans « Kale ». L’été passé, il fait un concert en plein air sur le campus de UC Berkeley : une belle revanche sociale.

Chroniques - par Willy Kokolo - 6 décembre 2016


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