Juju Rogers & BluestaebLost In Translation LIT (Jakarta Records)

Quand le duo passe de la nouvelle au conte philosophique.

Qu’aurait pensé Ludwig Van Beethoven de la musique berlinoise actuelle ?
Si cette question n’a pas de réponse, on peut vous dire ce que l’on a pensé du nouvel album collaboratif LIT-Lost in Translation du rappeur Juju Rogers et du producteur Bluestaeb, artistes du label berlinois Jakarta Records.

Force est de constater que nous sommes plus proche du jazz-Hop de Jazz Liberatorz et d’un rap réfléchi, ode à Oddisee, que de l’opéra et du classicisme de Bach. Jakarta Records est passé maître dans l’art de la collaboration entre artistes d’horizons différents. 

 

C’est sur l’une de ces étonnantes sorties que s’est augurée la rencontre entre nos deux linguistes musicaux : le titre « Hungry » dans Summer in Jakarta. Coïncidence ou non, l’on retrouve ce même morceau sur From The Life Of A Good-For-Nothing, dernier album en date de Juju Rogers. 

Bluestaeb non plus n’est pas en reste de talent. Rodalquila avait rencontré un vif succès en 2015. Il nous y berçait de prods plus enchanteresses les unes que les autres. Assurément, LIT-Lost in Translation ne pouvait être qu’une rencontre artistique magique avec de tels projets solos.

Les différents interludes de LIT-Lost In Translation nous permettent de mieux comprendre la complexité et la qualité des beats de Bluestaeb. Ils donnent au projet musical un relief conséquent. De courtes entractes isolées, mais dont la justesse entre samples, piano et basse est tellement appréciable que l’on voudrait que cela s’éternise. A peu de choses près, on croirait entendre les instrus tout aussi talentueuses de Knxwledge avec le projet NxWorries.

L’alchimie prend quand Juju Roger balance ses phrases calibrées dont la direction principale est le lyrisme des thèmes abordés par le chanteur, à savoir les violences policières, le racisme, activisme… Rien de plus classique au premier abord pour un album de rap. C’est dans le titre que vient la particularité. Petite explication.

« Lit », dans un anglais populaire, désigne surtout quelque chose de cool, de « chanmé ». Il devient ici une abréviation de « Lost In Translation» : une métaphore représentative de la déconnexion des tendances qui agrémente l’album d’un regard philosophique sur la réalité.  Ainsi, l’album est ponctué de références, plus subtiles les unes les autres, comme dans « Psalm 137 » passage du livre des Psaumes, évoquant l’exil à Babylone qui a suivi la prise de Jérusalem.

On relèvera que le disque nous est présenté sous la forme suivante sur Bandcamp : 

« Ce disque est dédié aux nécessiteux de cette terre. Aux plus faibles et aux plus pauvres, aux peuples partout dans le monde moins privilégiés que nous et qui vivent dans des contextes pires que les nôtres. Pour les opprimés, les victimes du racisme, les marginalisés. Le pouvoir pour le peuple ! ». Cet album se révèle être un roman complexe dans lequel les deux interprètes arrivent à nous transcrire leur vision poétique d’une musique jazz-hop aux accents de rap cognant. On se disait que Beethoven aurait pu apprécier la musicalité mais que c’est Goethe qui en aurait décrypté le sens.


autres articles

 

 

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out