Orchestré par l'excellent beatmaker Mani Deïz et regroupant Pejmaxx, Néfaste, Ol Zico, le projet Martyrs Modernes prévient du caractère certainement dépressif du message transmis. L'album a paru cet automne.  La pochette interpelle, nous prévient du caractère certainement dépressif du message qui nous sera transmis.

Musicalement, Mani Deïz ne propose globalement rien de forcement novateur, mais reste dans les clous de ce qui se fait sur ce genre de projet. Efficace, l’instru est en phase avec le message des mcees qui tour à tour évoquent leurs quotidiens difficile : la banlieue, la police, l’état, les médias, la camaraderie, l’héritage laissé à la génération suivante. Sans changer radicalement le style du « rap conscient », le groupe est incisif et le flow est maitrisé, technique et sensible. Sensible en effet, car si le collectif improvisé sur ce projet montre une redoutable cohésion pour une somme d’individualité brillante, ce qui est remarquable c’est la capacité d’insight de chacun, surtout sur les titres rappés en individuel. 

En effet, si quelque chose à bien changé concernant les projets des groupes de rappeurs conscientisé par un message politique, social, c’est bien que de La Rumeur, La Caution, La Scred Connexion, au TSR Crew et donc à Martyrs Modernes pour ne citer qu’eux, une dimension dépressive personnelle s’est infiltrée dans le message de résistance politique, anti raciste et social que délivraient alors leur ainés. Non pas qu’elle n’était pas présente chez eux, mais elle était surement tue au profil du message collectif. Car ce qui frappe vraiment sur ce projet, c’est la densité, l’intensité de la peine tout juste transmuée en colère ou en haine comme c’est souvent le cas quand il faut trouver un bouc émissaire à ces malheurs. A ce titre, les mcees provoquent cette immédiate adhésion à un rap authentique, délivré de ses exigences secondaires de labéliser l’album comme « venant de la rue », ou « gangsta ». Les rappeurs livrent à nu ce qui les agite en citant leur environnement comme responsable mais en se plaçant également au centre de leur problèmes, ce qui est relativement nouveau dans le rap français, mais se répand de plus en plus. 

Ainsi, plus que les procédés d’écritures et les thématiques abordées, c’est ce côté « rap primaire » qui démarque cet album, ou l’on observe une façon de rapper qui vient colmater les blessures narcissiques mais cette fois, pas à travers le prisme déformé de la frustration, de la violence agressive. La violence qui agite ces rappeurs, c’est la violence de la survie, c’est une violence nécessaire à l’élan vital qui s’exprime à travers cet album.  


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