Véronique Hermann Sambin, Basalte, Jazz Family, 2015

Poésie basaltée à n'en pas douter, le dernier album de Véronique Hermann Sambin s'entoure d'une mystérieuse esthétique. Moins inspiré par les couleurs ternes de la pierre de basalte que par ses vertus providentielles, le disque dépeint un lyrisme rare... si rare que les paroliers contemporains feraient aussi bien de délaisser les mots pour se mettre au tricot. Car la Guadeloupéenne sait écrire. En français, en anglais comme en créole, elle préfère sa musique natale, celle que sa famille lui a transmise. Jacques Brel et la musique cubaine font la part belle à la beauté de son message.

Comme un spiritueux nous abandonnant à quelques exotiques rêveries, la chatoyante instrumentalisation entourant le disque n'est là que pour souligner l'occultisme délicieux de ses propos. Peaufinant son écriture comme on érode une pierre d'alun, Véronique Sambin confie ses humeurs : un bonheur voilé de mélancolie et de spiritisme. « La poésie devient chanson quand elle colle à la vie » disait Georges Moustaki. Et c'est le cas.

Latino empreint de classicisme, l'instru du disque nous plonge dans une théâtrale tristesse que la chaleur des influences caribéennes ne parviennent pas à enrayer. Il en sublime néanmoins toute la grandeur poétique. Originalité qui n'a de limite que la personnalité de son auteur, tant le lyrisme qu'on y perçoit se déguste aussi aisément qu'un poème de Boris Vian.

Entre cultures et illusions, chaque titre a son tempérament, mais traduit une langueur unique. Fleur du désert irradiée d'une ivresse chagrinée (à l'image de la "Rose de Jéricho", titre ici d'une chanson), Véronique Sambin incite à l'éveil spirituel des mœurs. Combinant une essence musicale florale à son âme minérale, elle pose en quintet un langage hérité des plus grands écrivains français. L'album est tel un bijou océanique nous amenant à voyager au delà des cadres estivaux du latin jazz. J'en tire personnellement une émotion si grande que la fin du disque sonne le glas de la perdition. Oui, perdition. Car après ça, seul un bon livre pourra autant me faire partir aux confins des passions refoulées de mon âme.

Alexandre Lemaire

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