Tony Allen, Film of Life, JazzVillage, sorti le 21 octobre 2014

Les sillons sur le visage et les mains de Tony Allen rappellent que l’Afrobeat s’approche de ses quarante ans. Fela aujourd’hui aurait les cheveux blancs et les genoux cagneux d’un vieux de soixante-seize ans. Est-ce pour ce temps passé que Tony Allen intitule son premier album depuis 2009 d’un rétrospectif Film of Life ? Le film funk d’une vie marquée par l’invention de cette musique chamanique et psychédélique avec son pote Fela, qui, implacable, déferle de Lagos sur le monde depuis près d’un demi-siècle.

« Moving On », morceau inaugural de ce film de vie, prouve que non. De sa voix rouée et incantatoire, le vieux Tony Allen rit de bon cœur sur des rythmes funks et cuivrés… « Thank you to listen to my music… » Le ton est donné : ostinato festif, les basses électrifiées et gargantuesques, la petite cymbale délicate du batteur. Qui a donc décidé de continuer d’explorer cette musique qu’il n’aura jamais finie d’épuiser.

Ici les nouvelles idées sont incarnées par un sens aigu du featuring comme de la production. Cette dernière est confiée aux Jazzbastards, trio français synonyme et crème de la crème depuis leur collaboration avec Oxmo Puccino, qui étale sur ces dix titres une maîtrise bluffante. Les collaborations sont plutôt réussis : Damon Albarn (Blur, Gorillaz), avec qui Tony Allen joue dans deux groupes récents (The Good, The Bad and The Queen et Rocket Juice and The Moon), se moule avec tact dans la musique du vétéran nigérian en empoignant le mélodica avec sobriété sur « Tiger’s Skip ». Plus que celle du britannique, la performance du chanteur Kuku donne à entendre des sons encore inconnus ; y compris pour les fanatiques de l’Afrobeat.

Film of Life est un bel objet de bonne musique : le label Jazz Village confirme tout son savoir-faire à cristalliser divers continents musicaux pour créer des sonorités audacieuses. Certains titres sont des odes au déhanchement frénétique autant qu’à la transe du griot (« Boat Journey », « African Man »). Mais aussi abouti et bien tourné que soit l’album, on se désole d’une tendance à tomber dans l’exercice de style nostalgique pour ce pan d’histoire qu’est l’œuvre de Tony Allen. A l’inverse du credo lancé par « Moving On », l’album se perd parfois dans des clichés sépias de la discographie de Fela. Rien qui doive empêcher de se plonger à corps éperdus dans cette musique qui ne s’est toujours pas décidée à vieillir, quoiqu’en disent les rides de Tony Allen.

Pierre Tenne

A écouter :

Quelques-unes des pépites de l’immense discographie de Fela Kuti (avec Tony Allen à la batterie) :

Fela Kuti, Why Black Men Dey Suffer, 1971

Fela Kuti, Gentleman, 1973

Fela Kuti, Expensive Shit, 1975

Fela Kuti, Zombie, 1977

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