Roberto Fonseca & Fatoumata Diawara, At Home (Live in Marciac), Jazz Village/Harmonia Mundi, 2015

Amour du foie gras ? Addiction à l'armagnac ? Roberto n'en finit plus de revenir à Marciac depuis plus de dix ans, commuant la capitale gersoise du jazz en une annexe transatlantique des musiques afro-cubaines. At home donc, il invite aujourd'hui l'hyperactive chanteuse malienne Fatoumata Diawara pour une « Connection » (deuxième titre du disque) elle aussi transatlantique. Invitation au voyage.

De Fonseca, on sait la virtuosité indécente qu'il rappelle nonchalamment à chacun de ses soli. De Fatoumata Diawara, on connaît l'inspiration wassolon revendiquée, les participations diverses avec Tony Allen ou Damon Albarn, et tout de même le beau visage récemment miré devant le Timbuktu d'Abderrahmane Sissako. Beaux C.V. en somme, que celui de ces deux jeunes gens, qui invitent à une interrogation fascinante de profondeur : un beau curriculum fait-il un beau projet ? Une belle musique ?

Peut-on répondre autrement que par l'affirmative à entendre ces musiciens irréprochables et vrais... La virtuosité de Fonseca est devenue un truisme qu'il est vain de souligner une énième fois. La voix de Diawara emprunte effectivement aux traditions maliennes une attaque et un sens du rythme qui convainc avant d'envoûter, ou est-ce l'inverse ? Derrière les deux stars, qui s'offrent un languissant et magnifique duo sur « Real Family », on retrouve un assemblage afro-cubain de musiciens, où la basse de Yandi Martinez domine de son groove habile quoique parfois encombrant. Surtout, Drissa Sibideau n'goni. Voilà.

Or donc, oui : bien, beau, bon, Dubonnet. Mais au chapitre des frustrations, on regrette que les deux musiciens tombent souvent vers une fusion artificielle où se superposent des traditions parfois vidées de leur sens pour construire comme en Sicile l'on fait des lasagnes une world music efficace mais au fond consensuelle : les rythmes wassolon ou afro-cubains, si riches, disparaissent trop souvent au profit d'un binaire moins séduisant. Surtout, à l'exception de « Connection », la rencontre entre les différentes cultures de Fonseca et Diawara n'a finalement que marginalement lieu ; et cède fréquemment le pas à une performance très imberbe pour les thuriféraires des musiques avec du poil aux pattes. Cette lacune pileuse est convertie par le talent et la sincérité des musiciens qui insufflent en live dans leur musique une énergie haletante qui fait désirer une suite à cette éphémère collaboration, promesse de plaisirs futurs.

Pierre Tenne

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