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Richard Bona – This Is

Première compilation du virtuose camerounais Richard Bona ! Moins une ode à son talent de bassiste, hérité d'un certain Jaco Pastorius, qu'une promesse d'échange entre les différentes sphères musicales de notre monde, This is veut simplement porter un message d'unité. Il a souvent été demandé au chanteur/multi-instrumentiste de présenter ses allégeances stylistiques au cours de sa carrière. Mais la vérité paraît, en somme, toute claire : Bona fait déferler sa passion pour la black music dans le seul but d'alléger les mœurs, de rassembler les peuples dans un mélange interculturel de jazz et de musiques populaires et traditionnelles. Certains morceaux issus de son 5ème album, Ten Shades of Blues, témoignent en soi de la démarche de l'artiste : il y décline le blues, dénominateur commun entre musiques du monde entier, en différentes aromates stylistiques, du reggae « Good Times », embaumé d'un langage emprunté à Stevie Wonder (écoutez bien l'harmonica), au gospel « Yara's Blues », l'un des titres forts de l'album.

Ennemi de la médiocrité et des étiquettes, Bona porte en lui la douce chaleur de l'Afrique : la missive fédératrice que constitue sa musique transpire avant tout l'humilité, la joie de vivre. Dieu vivant de la basse électrique, il eut bon nombre occasions de faire briller son génie technique. Mais comme tout sage qui se respecte, le besoin de laisser paraître l'essence culturelle de son jeu importe bien plus que le spectacle simpliste de sa dextérité. Du moins, si This is ne laisse que peu percevoir l'étendue des capacités techniques du bassiste, pour davantage se concentrer sur son lyrisme exotique, les deux titres live présents sur le disque (le medley funk « Djombwe & I Wish & Trains », où le slap de basse se mêle à de puissants breaks de batterie et roulements de djembe, suivi du morceau « Te Dikalo » dévoilant un rythme samba déchaîné sous un public hongrois émerveillé), ainsi que l'hommage poignant à Jaco Pastorius « Three Woman », sont quand-même là pour rendre compte du groove et de l'agilité du Camerounais.

Seul bémol à cette compilation : l'absence de morceaux issus des deux premiers albums de Bona, notamment son fameux titre enregistré avec Pat Metheny « Reverence ». Mais à ce manquement s'oppose la présence de délicieux chants a cappella (le bien nommé « Akwapella », tiré de son dernier album Bonafied (2013), où les cœurs s'adonnent à des claquements de bouche dignes de Bobby McFerrin, et l'incantation spirituelle « Bonatology », issue du 3ème album Munia (The Tale), d'une relaxante originalité), ainsi que quelques bons titres enregistrés en collaborations d'autres musiciens de talent : « Ghana Blues », « Kwalelo » (avec Gerald Toto et Lokua Kanza), « Kalabancoro (ft. Salif Keita) », « Please Don't Stop (ft. John Legend) », « Manyaka O Brazil (ft. Djavan) », « O Sen Sen (ft. Marc Berthoumieux) »...

Pour résumer, This is est un disque fort, parsemé de douceur. Il transmet sans prétention le lyrisme chaleureux et humain de son souverain : une décade de philanthropie musicale !

Alexandre Lemaire