Raphaël Faÿs, Circulo de la noche, ADF Bayard Musique Label Ouest, 2015

Je fais souvent ce rêve pénétrant d'une beauté marane qui sur certains rythmes arabo-andalous m'enseignerait les secrets de la kabbale. Chacun ses délires, mais il faut bien cela pour comprendre la séduction du flamenco. Raphaël Faÿs fais les choses en grand pour vous plonger dans l'ambiance flamenca : triple album, deux heures et quatre minutes de farruca et buleria bien roots, avec quelques échappées aux relents de modernité et de Paco de Lucia.

Donc, à conseiller pour les amateurs et les praticiens. Sinon, le temps pourra sembler long et on orientera plutôt les curieux vers les classiques de la discipline ou les expérimentations plus osées dont personnellement la reprise du répertoire de De Falla par Paco de Lucia demeure un horizon indépassable (Paco de Lucia, Interpreta a Manuel de Falla). Ici, beaucoup de traditions remarquablement exécutées : une « farruca de antano » qui pue le chorizo cordouan, beaucoup de bulerias où le guitariste s'emploie à détricoter tous les passages techniques obligés avec une virtuosité propre au genre (la maîtrise du compas, ces schémas rythmiques propres au flamenco et obscurs à l'ignorant ; une main droite en feu à force de rasgueados, etc.) et qui fait qu'on l'aime. Ajoutons les castagnettes et les frappes de main et le tableau est complet.

Raphaël Faÿs se ballade dans cet environnement très classique avec le sans-gêne d'un dandy revenu de tout, mais ajoute une touche de lyrisme et de clarté qui n'est pas si fréquente dans certaines traditions flamencas qui hors de leurs manifestations les plus commerciales cultivent souvent l'hermétisme et les ténèbres à la manière d'un Sabicas. Dans ses titres les plus modernes, Raphaël Faÿs donne ainsi à entendre des lignes mélodiques d'une clarté technique époustouflante au service d'un chant lyrique et personnel puissant (« Mi Colombiana » par exemple), qui ne verse que très rarement dans le consensuel. Ce Circulo de la Noche ne souffre pour les non initiés que de son défaut de taille : trop long sans doute pour une première immersion dans une musique profonde et complexe que les clichés qu'on lui fait véhiculer empêchent souvent d'appréhender simplement. Malgré quelques penchants didactiques et scolaires, Raphaël Faÿs vous convie sinon sans peine et avec un sens affuté et classique des traditions à ce rêve pénétrant des espaces gitans et andalous. Esta bien.

Pierre Tenne

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