Les martiens avaient disparu. Sun Ra faisait entendre des soucoupes volantes, George Clinton un peu. Depuis, rien… Mbongwana Star les ressuscite dès les premières mesures de From Kinshasa,  et non ça n’est pas kitsch. Non, ça n’est pas suranné. Mbongwana Star touche là non pas au génie, mais au Bien, celui des philosophes et théologiens. Tout leur album touche d’ailleurs à ce bien, car si Mbongwana Star avait tout pour devenir un projet artificiel et commercial comme on en voit trop, voulant exploiter jusqu'à l'os un succès à coup de strorytelling formaté, c’est tout l'inverse qui s'impose aux oreilles des les premières notes de « From Kinshasa to the Moon ». Le croisement des influences variées (euphémisme!) fonctionne avec une audace et un culot si simples qu'ils en deviennent évidents. Leur musique s'avère rapidement neuve – non : jamais entendue. Les métissages prennent immédiatement et transcendent les influences qu'on croit repérer : l'influence post-punk transparaît dans les distorsions velues des guitares des deux leaders (« Kimpala »), qui aboutissent toujours sur des rythmes remaniés de rumba kinoise. Les traditions congolaises ne sont pas trahies mais bien traduites, autant sur le chant et les répons que sur les rythmes sophistiqués malgré leur dominante binaire. Coco Ngambali et Theo Nsituvuidi font la synthèse de leurs propres inspirations et de celles de ceux qui ont croisé leur route pour livrer un album manifeste. Pénétrés d’une certaine idée de l’histoire, on espère ardemment que ce manifeste fera date.

S’il y a une justice en ce bas-monde, date il fera. Pour honorer l’équilibre et le séquençage hallucinant de l’album, malgré les coqs-à-l’âne et impromptus entre des sonorités house et des ballades blues vaguement touaregs (« Malukayi » et « Coco Blues », respectivement). Un joyeux bordel orchestré en chirurgiens, qui fait de From Kinshasa un témoignage du talent pionnier et salutaire des deux leaders autant qu’une invitation à donner enfin à la musique kinoise actuelle l'audience qu'elle mérite. Surtout, et cela est fort capital, From Kinshasa est la preuve bienvenue que le caractère commercial de la world n'a rien d'une fatalité, et peut offrir une alternative crédible entre la soupe colonialiste et les tendances muséales d'une certaine ethnomusicologie – comme en d'autres temps, Ali Farka Touré ou d'autres l'avaient prouvé pour en rester à la musique africaine.

Le consensus enthousiaste pour le Mbongwana Star n'est que la suite actuelle de la belle histoire auparavant attachée au Staff Benda Bilili, qui ouvre désormais des pistes musicales exaltantes et relativement oufs pour cette musique grand public exigeante autant que lumineuse. Merde ! Arrêtons cinq minutes les superlatifs et les verbiages ; il faut sans attendre se mettre à kiffer. Vous aurez été prévenus.

L'histoire du groupe : De Staff Benda Bilili à Mbongwana Star 

Mbongwana Star, From Kinshasa, World Circuit 2015

Pierre Tenne

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