Mamadou Barry Afro Groove GangTankadi, (label bleu/L'autre distribution)

« Saramaya ». L'entrée en matière est volubile, énergique, vivante. Irriguée par un chassé-croisé aérien de riffs guitaristiques, le groove innervé en chambre d'échos inévitablement enfle, s'engouffrant dans un afrobeat enjôleur nourri de traditions guinéennes. Inutile de chercher bien loin, Mamadou m'a dit (clin d’œil à François Béranger [1]) qu'il connaissait la chanson. Et la chanson, c'est celle du père saxophoniste guinéen à la voix rocailleuse Momo Wandel Soumah : « Le jazz est né chez vous, mais, moi je l'ai ramené chez moi, en Afrique, car c'est de là qu'a jailli sa source ». L'Atlantide jazzserait donc en Afrique, voilà qui est dit. A méditer. En attendant, le digne héritier de l'homme-qui-dit a bien récupéré le legs. Les djembés s'excitent, les guitares s'éventent à tout va, les saxos du multi-instrumentiste et sa flûte traversière râlent, gémissent et la vocation boréenne du dit-Maître Barry crée un groove ponctué de mélodies entêtantes grassement nourries de funk et de trémolos poussés dans la nuit noire. A maints égards, on retrouvera la chaleur enveloppante et ensorceleuse de Salif Keita dans ce Tankadi aux chaudes vapeurs de guitares et de voix.

Il faut dire que certains airs chaloupent réellement, plus à gambades qu'à sauts (« Kankalabé ») entraînant le voyageur averti ou confirmé sur le sentier des chants traditionnels des peulhs et des forestiers du nord de la Guinée, redorés par le saxo tantôt piquant et volontiers lascif de Mamadou. Une part belle est faite à la basse qu'on entend pour une fois parfaitement bien et qui vient rompre la douceur de ses voisines à cordes plus sensibles. Globalement, le plaisir de l'album réside dans son groove paradoxalement rafraîchissant (« African groove » et sa patience mesurée) qui fait de la plupart des titres des ballades idéales si l'on désire renouveler notre patrimoine estival en le rehaussant de cuivres et voix loquaces, de vent, de liberté, celle-là même qu'on découvre à l'orée de certains titres (« Félenko », « Tankadi ») lorsque la flûte traversière enchantée de Mamadou l'Autodidacte fait entendre sa respiration...

Au programme, une variété de compositions, depuis les créations personnelles de notre saxophoniste jusqu'aux extrapolations doucement ludiques du chanteur leader Ibrahima « Rizo » Bangoura (« café café ») et celle du bassiste de l'Afro groove gang (« African Groove »), en passant par une réécriture pittoresque, translatio originale et totalement libre d'un air connu du voisin cubain Mongo Santamaria (« Afro Blues »), réinstaurant le dialogue des cultures latines et africaines dans « la source » : j'ai nommé « African Groove ». La guitare rythmique électrise par ailleurs le tout (« Félenko »), versant la modernité dans la source. Tous les fleuves se jettent dans la mer...

L'album ne manque d'ailleurs pas d'humour ou permet qu'on en trouve – comme le dit si bien notre ami Salvador, « faut rigoler avant qu'le ciel nous tombe sur la tête » [2]. Ibrahima « Rizo » Bangoura, le leader vocal du groupe prend son pied sur « Café Café » (« Donne-moi café / Je veux du bon café / Le café de la France / C'est du bon café »... ou l'art de court-circuiter nos synapses) ou lorsque sa voix perd quelques tons, rouscaillant à vue d'oreilles (« Kankalabé »).

En somme, on pourrait dire que le griot Mamadou a parlé et qu'on devrait l'écouter. Voilà qui pourrait être bien dit.

[1] https://youtu.be/G-wyEDe26CA

[2] https://youtu.be/p06-RZCyC1E