FOTO3  

Plaît-il ? de l'hybridité en jazz ? C'est la question que semble poser en filigrane le nouvel album du français d'adoption Minino Garay, Vamos ! En voici une autre : où allons-nous, avec cette musique cosmopolite ? La définition des genres glisse sur la musique joyeusement atypique du percussionniste originaire de Cordoba. Pourtant, l'apôtre des rythmes argentins et du kilimbo a bien à charge une « Memoria collectiva » : ici le fameux cuarteto, genre populaire initialement joué par un quatuor (violon, piano, accordéon, contrebasse) qui fait danser aujourd'hui toute l'Argentine sur ses rythmes effrénés. Alors certes, la formation de Minino ne trahit pas véritablement les racines du genre, quoiqu'elle substitue batterie et guitare (Manu Godjia) aux violon et accordéon originaux. Mais sous ses airs de chansons populaires traditionnelles, Vamos ! est une avancée que soulignent nettement les gradations dramatiques du morceau éponyme.

Dans Vamos !, on retrouve le mélange rock / tango des prémisses musicales de Minino - mais un mélange plus savant, pour ainsi dire fusionné dans ce jazz kaléidoscope qui rappelle que pour notre poète argentin de souche, tous les chemins mènent à Cordoba. Minino Garay n'a certainement pas collaboré avec Jacky Terrasson pour des prunes : la tentation de lire Vamos ! à travers le prisme du célèbre climat musical du pianiste est grande, les élans pianistiques et les délicates vocalises lyriques de Paloma Pradal relançant le soupçon.. Reste que le piano sert ici les phases lyriques, à l'inverse de la contrebasse de Jérôme Regard qui elle, est littéralement au service des percussions. Quant à la flûte « Magic » de Malik, elle se marie avec brio à la guitare de Manu Codjia sur « Como se Dice en Cordobès », travaillant le morceau comme ce pivot exultant et entraînant qui le transforme en authentique joute verbale.

Vamos !, c'est encore un album qui se gorge de nouveaux soleils. L'ardeur généreuse très exaltée des premiers amours (écouter ou réécouter Y Los Tambores Del Sur et son jeune « Caribe ») laisse place à un jazz folklorique argentin apaisé dont la pochette trahit le sérieux : le profil du baba y est statuaire, accusant sa maturation musicale. La voix de Minino elle-même se fait plus prophétique sinon poétique, attentive désormais à sa propre diction, lourde d'un passé musical qui nuance les émois espiègles et juvéniles. Reste des aberrances musicales comme les chœurs vocaux à la répétition consternante de facilité et d'inesthétique de « Tama » dont on ne sait que faire : rire, pleurer, applaudir ? Du melting-pot joyeusement kitch des premiers albums, on est passé à un mariage sérieux entre tradition et modernité, épuré des ressors farceurs de notre rusé Minino, voire dramatisé par l'électronique : le Fender Rhodes de Malcolm Braff apporte juste ce zeste de fusion qui ravira les férus de prog et de jazz rock. Un instrument d'autant plus salué qu'il marivaude avec le piano de Baptiste Trotignon (présent sur quatre titres), jouant de la distance et du rapprochement, et relançant la question tradition/modernité. Une dernière interrogation demeurera cependant : que préfère-t-on, le jeune Minino qui pose ou l'ancien qui parle ?

Agathe Boschel

Minino Garay, Vamos, Viavox/L'Autre distribution, sorti en septembre 2015