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Akalé Wubé - Sost

Le charme discret de l’éthio-jazz, après les fleurs brisées de Jarmusch et les anthologies éthiopiques de Francis Falceto (Buda Musiques), réside dans la vie de cette musique. Loin, bien loin des musées… Le quintet parisien Akalé Wubé la triture depuis plusieurs années désormais pour livrer aujourd’hui ce Sost inspiré. Temps de la maturité : le mimétisme cède peu à peu le pas à une musique plus originale, y compris et surtout dans les reprises. Nécessité fait sans doute loi, car l’éthio-jazz a déserté l’Abyssinie pour l’Europe, les rues de la swinging Addis ont oublié le groove d’avant la dictature de Mengistu.

Akalé Wubé fait vivre cet héritage avec fidélité : « Anbessa », où apparaît l’alto de Manu Dibango, a des accents d’Astatké et du groove tranquille de « Tezeta ». L’hypnose de la basse d’Olivier Degabriele précède le mbira lancinant d’Etienne de la Sayette et les riffs térébrants de la guitare de Loïc Réchard, sur ce « Kidus à Cent Dix ». Mieux : les instruments éthiopiens sont définitivement appropriés par le groupe, (krar ou encore mbira), désormais familiers de la musique des cinq français qui n’en abusent jamais.

Akalé Wubé fait honneur à cet héritage avec audace : pousser un peu plus loin le bouchon du funk sans se prendre au piège (« Gab’s Trap », « Meri Tekikil »), explorer la répétition propre à une musique dont l’envoûtement est affaire de cycles et redites, faire dialoguer leur éthio-jazz avec d’autres univers musicaux – Etienne de la Sayette est à la musique ce que sont les cigognes à l’ornithologie : un migrateur, passé par la flûte irlandaise ou les fanfares roms macédoniennes. Le groupe transforme la musique éthiopienne par touches impressionnistes, avec une finesse et un sens de l’hommage qui expliquent largement la qualité des featuring. Le camerounais Dibango, certes, mais aussi Genet Asefa, dont le chant à fleur de peau échafaude des ensorcellements venus d’autres dimensions. D’autres univers qu’Akalé Wubé prend plaisir à mêler dans le brouet d’une tradition, celle de l’éthio-jazz, qui avec eux semble entamer le premier jour du reste de sa vie loin des rives éthiopiennes. Avec Sost, ce nouvel âge promet d’être aussi enthousiasmant que le premier !

Pierre Tenne 

En concert au studio de l’Ermitage (Paris) le 5 décembre 2014.