Voyez-vous cet état insulaire -géographiquement- paradisiaque situé au Nord des Antilles, à la confluence de la mer des Caraïbes, du Golfe du Mexique et de l'Océan Atlantique ? Connaissez-vous la capitale de ce même état idylliquement situé ? Alors, vous chauffez ? Moi certainement mais pas pour les mêmes raisons : j'écoute AbelardoBarrosowith Orquesta Sensacion. Pour être exacte, je me dore, extatique dans la douce lumières des roulades du chanteur cubain. Car la musique d'Abelardo Barroso est semblable à un doux soleil. Il monte au fil des chansons haut, haut, haut dans le ciel jusqu'à croiser la lune et lui donner rendez-vous. Bon, un peu de sérieux flûte !

Des flûtes, ah tiens. Dans cet album il y en a moult. C'est d'ailleurs ce qui lui donne sa saveur. Ça puis les célèbres percussions du fameux Orquesta Sensacion. Sans oublier les violons et les cuivres bien sûr offrant à ces morceaux un line-up classique que l'on dégustera comme un bon cuba libre concocté dans les règles de l'art. Abelardo Barroso avait vu juste en joignant l'Orquesta Sensacion dans les 50's. Il a signé l'un des âges d'or de la musique cubaine. Qui a été aussi l'âge d'or personnel du chanteur. Car notre homme a été tour à tour cigale et fourmi. Dans les années 1930, Barroso, surnommé le « Caruso Cubain », joue avec les groupes de danzon les plus populaires et devient l'une des premières stars de la radio cubaine. Au début des années 1950, il connaît une période difficile, ne récoltant que quelques pièces aux abords d'une boîte de nuit. Heureusement, sa rencontre avec Rolando Valdés, le directeur de l'Orquesta Sensacion, le propulse sur le devant de la scène. De là le succès, de là le rêve.

Pour autant on n'oublie pas le contexte politique cubain des années 1950. Certes l'économie est florissante à cette époque. N'en reste pas moins les accusations de corruption, l'insécurité qui grandit... Et dès 1952, le dictateur Fulgencio Baptista revient au pouvoir par un coup d'état. C'est ça aussi le Cha Cha Cha. Une musique libératrice et exutoire placée sous le signe de l'évasion. La volupté de rêveries conduites – et éconduites...- par des rythmes cubains aussi charmeurs que des serpents. On n'oublie pas le centre de détention militaire mais on s'en échappe le temps d'un morceau. Il y a « En Guantanamo » d'un côté. Le rêve et les îles exotiques maravillosas de l'autre. Et l'on ne tranche point.

Cha Cha Cha. Le titre en lui-même dit quasiment tout de cette sélection remasterisée de quatorzes de leurs enregistrements les plus irrésistibles. Cha Cha Cha. Trois mots. Allitération et assonnance. Le rythme est donné. Swing. On se croirait à La Havane. En attendant la musique nous pousse, nous donne envie de nous déhancher. Et je mâche mes mots. Déhancher. Faire travailler notre bassin, remuer nos hanches suavement, délicatement, sensuellement au rythme de ces trois mots. Cha Cha Cha. Comme une douce mélopée délicieusement exotique qui donnerait envie d'aimer. Ce n'est pas pour rien si Aberlado Barroso reste une figure emblématique de la musique latine plus de quarante ans après sa mort. Il le mérite. Et pour achever ma palabre de jeune française ingénue, rien de tel que ces trois mots à chanter encore et en coeur : Cha Cha Cha.

Agathe Boschel

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