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Antoine Boyer & Samuelito - Coïncidence
(Doctor Heart Music/Harmonia Mundi)


On se sentait presque une fibre paternelle en voyant monter sur scène les jeunes guitaristes Antoine Boyer et Samuelito. Il émanait d’eux une fraicheur et une candeur touchantes qui annihilaient le trac qui devait les étreindre. Sensibilité à fleur de peau et posture visiblement plus «  artiste » chez Samuelito, plus de retenue introspective chez Antoine Boyer maisla vigilance en éveil, concentrés, à l’écoute l’un de l’autre, sans chercher à attirer la lumière sur soi, ils étaient juste là pour écrire ledialogue quisignela personnalité musicale de leur duo. Ils assuraient ce soir –là la première partie du concert du chanteur de fado Ricardo Ribeiro au Café de la Danse et ce fut plus qu’une divine surprise. Pas étonnant que ces mômes aient été adoubés par Roland Dyens, peu de temps avant sa disparition.


Samuel Rousnel dit Samuelito n'a qu'à peine 24 ans. Fasciné par Sabicas, Paco de Lucia,  guitaristes majeurs du flamenco, il a néanmoins poursuivi des études de guitare classique dans la classe de Gérard Abiton au CNSM de Paris, conservatoire où il se liera d’amitié avec Antoine Boyer qui lui en a 21 et qui est un disciple des manouches Mandino Reinhardt et Francis- Albert Moerman. Ils ont donné leur premier concert en 2014, déjà croisé le fer avec des pointures comme Philip Catherine, Angelo Debarre ou Stochelo Rosenberg et ils ne manquent pas d’intégrer à leur répertoire des compositions propres comme «  Double Sens «  ou «  Si Fuera Realidad ».

Leur esthétique : une pincée de » pompe «  manouche, une louche de flamenco fusion à la Paco de Lucia ; du « rasgueado » et des « toques » sur la caisse pour imiter les frappes des percussionnistes sur le « cajon » ; les cordes qui vibrent à vide ; une virtuosité digitale à couper le souffle, parfois intempestive comme un péché mineur, souvent bienvenue ; la valorisation de climats divers, un travail précis d’écriture des arrangements ; une plongée dans les méandres de la guitare espagnole qui est à la source de tout sur cet instrument. Il leur reste sans doute à peaufiner l’écriture des mélodies afin de proposer des thèmes qui soientaussi accrocheurs que ceux de Django.


Quoi de mieux que les standards pour mesurer le talent d’un artiste que l’on découvre ? Ici, dans leur premier album, ils nousoffrent une merveilleuse relecturede « Nuages », entre swing, coloris manouche et accent flamenco ; une lecture actuelle et vivifiante qui sait ne pas perdre l’âme de l’original. Parmi leurs compositions personnelles, on relèvera «  Double Sens », duo à deux voies (cordes nylon et cordes en acier) et deux voix, entre nous et ailleurs, où l’âme flamenca se marie aux accents rythmiques et mélodiques des manouches. Le jeu du thème «  D’ici là » ne fait penser à aucun moment à de la musique française ; tout coule comme s’il s’agissaitdemusique espagnole ou brésilienne. La dernière plage de l’album intitulée » Si Fuera Realidad » est peut-être la plus ensorceleuse avec son climat andalou, sa nostalgie fiévreuse.
Antoine Boyer et Samuelito ont certes encore besoin de se confronter à des maîtres mais Coïncidence est fort agréable à écouter. On leur souhaite de suivre le même parcours que le duo brésilien formé par les frères Assad.

Chroniques - par Philippe Lesage - 18 août 2017


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