Songhoy Blues, Resistance (Transgressive)

Il est des formules qui en disent plus long que de grands discours, et des titres d’album plus évocateurs que de longues litanies. Music in exile, en 2015, laissait transpirer à la fois la joie de vivre et la nostalgie de la terre perdue par les musiciens déracinés de Songhoy Blues.
Deux ans plus tard, Resistance affirme la rage et la détermination du groupe, et martèle ses messages de paix et de réconciliation dans un Mali en pleine crise.

Originaires de Tombouctou, à la frontière du Sahara, les membres de la formation ont fuit en 2012 les islamistes et l’instauration d’une charia interdisant alcool, cigarettes et musique. La pratique instrumentale est proscrite, et les musiciens « du diable » encourent le risque de se faire lapider, voire couper une main. C’est à Bamako, dans le sud du pays, que se réfugient Garba et Oumar Touré, guitariste et bassiste de leur état, et Aliou Touré, jeune chanteur charismatique (qui partagent le même nom, sans lien de famille, Touré étant aussi répandu dans le nord du Mali que Dupont ou Leblanc en France).


Les trois musiciens, qui se croisaient sans se côtoyer entre Tombouctou, Diré et Gao, entreprennent alors de jouer ensemble pour remonter le moral des autres réfugiés, et gagnent rapidement un public de Songhoy (le nom de leur ethnie) et de Touaregs, pour lesquels ils font revivre l’ambiance du nord du Mali. Reprenant dans un premier temps les chansons d’Ali Farka Touré (qui continue d’influencer leur musique), les Songhoy Blues recrutent un batteur local (Nat Dembele) et constituent rapidement un répertoire propre, nourri à la fois de rock électrique et de musique traditionnelle, alliant riffs de blues et groove malien. Garba Touré, le guitariste, déclare (lors d’une interview au Guardian) être influencé par BB King, Jimmy Hendrix et John Lee Hooker.

La trajectoire de ce jeune groupe réuni par le hasard de la guerre civile accélère brutalement après une rencontre avec des musiciens occidentaux venus enregistrer au Mali un album dans le cadre du projet « Africa Express », sous l’impulsion de Damon Albarn (chanteur et compositeur des groupes Blur puis Gorillaz). Songhoy Blues prend contact avec l’équipe et une rencontre est organisée à Bamako avec Nick Zinner (le guitariste des Yeah Yeah Yeah’s), qui improvise avec le groupe et compose avec lui un titre (Soubour) qui figurera en bonne place dans l’album aux côtés de pistes enregistrées par d’autres talents maliens (Kankou Kouyaté), ainsi que par des musiciens occidentaux aussi prestigieux que Brian Eno, Damon Albarn ou Ghostpoet.

Cette visibilité soudaine donne au quatuor l’opportunité d’enregistrer son premier album, qui sera chroniqué par le Guardian sous le titre A Malian band to watch, et diffusé à l’international par Atlantic Records.
L’occident découvre alors la déferlante de guitares enflammées de Songhoy Blues, qui réincarne les mélodies traditionnelles d’une énergie électrique, avec une générosité jubilatoire et contagieuse. La video de « Soubour » devient vite virale, et ce blues moderne qui retourne chercher et revisiter ses propres racines au Mali séduit soudain un large public.

Le contexte géo-politique du Mali et l’histoire du groupe retiennent l’attention de la productrice Johanna Schwartz, qui réalise le film documentaire They will have to kill us first, dont le groupe et sa lutte pour faire vivre la musique sont le sujet principal. « Nos instruments sont nos kalachnikov » y déclare Garba Touré.

Resistance, sorti le 16 juin 2017, prolonge l’activitisme de Songhoy Blues, avec douze pistes aux influences variées et aux orchestrations enrichies (saxophone, violon, orchestre et chœurs d’enfants) auxquelles participent Iggy Pop, Stealing Sheep et le rappeur londonien Elf Kid (The Square). Les mélodies du groupe restent simples, les résolutions harmoniques, attendues, les ornements, conventionnels, mais la détermination et la vigueur de la musique de ce jeune groupe aura réussi, non seulement à défier la charia, mais à faire entendre sa voix et à diffuser son message de paix bien au-delà des frontières de son Mali natal. « Together/we can, Together/yes we can » chantent les enfants sur le dernier titre de cet opus, « One colour ».

Aliou touré – chant ; Oumar Touré – basse ; Garba Touré – guitare ; Nathanial "Nat" Dembele - Batterie
    


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