Immanquable!

Oté Maloya : The Birth of Electric Maloya on Reunion Island (Strut Records)

Habilement compilée par La Basse Tropicale pour Strut Records, Oté Maloya éveille dès la première clave une velléité de liberté inconditionnelle qui devra attendre la toute dernière piste avant de seulement commencer à s'estomper. Une soulfureuse dose de cadences chaloupées vous attendent au détour de chaque morceau, dissimulant bien les revendications qui les firent naître.

 

Redécouverte de la contestation sophistiquée

De ces figures majeures du genre qui s'électrise (Electric Maloya) au Studio Royal d'André ChanKamShu, dans les années 70-80, on retrouve parmi d'autres dans la compilation, le poète et chanteur Hervé Imare ; la belle voix feutrée de Michou ; la pépite «défoule troisième âge » de Daniel Sandié ou encore le délicieux Groupe Dago qui taille la part belle au jazz (Maloyaz) avec un choix d'instrumentation parfaitement Liston-Smithesque.

Natty-Hô et Konsöle, les deux disc-jockeys de La Basse Tropicale, font ici un travail de synthèse très sensible de la décennie 1975-1986 sur l'île ; alors laboratoire créatif au détriment des interdictions de l'administration coloniale. Les racines syncopées et dansantes s'entichent d'harmonies jazz et psychédéliques en vogue à cette période. On distingue nettement dans la progression majestueuse du morceau « Ote Maloya » de Caroussel (qui clôt le disque), le passage d'Hendrix ainsi que des têtes de proue du funk, du jazz-rock de ces années sur les platines réunionnaises. D'un autre côté, cette période si riche musicalement fut alimentée par des scandales politiques tels que le BUMIDOM et son projet des « Enfants de la Creuse », de campagnes d'avortement forcés qui impactèrent fortement la population locales. Notamment ses artistes -dont les plus éminents sont présents sur cette édition - qui défendirent avec vigueur et créativité un genre ancestral, symbole de l'émancipation de ses créateurs au XVIe siècle.

 Cette compilation apparaît comme une mémoire d'un désaccord, un convertisseur d'émotions négatives en positivité. Un passé obscur se métamorphose souvent en une contestation sophistiquée qui fait que comme le protagoniste de « Toe même Maloya », l'auditeur« [Il] chante Maloya, [Il] danse Maloya », avec un peu plus de vigueur à chaque mesure.

En clair, ce disque remastérisé par The Carvery marque les esprits, et des points. Non content de faire renaître quelques perles du Maloya version électrique - l'évolution contemporaine de cette danse spirituelle née du formidable esprit des premiers esclaves amenés sur l'archipel des Mascareignes par les Britanniques et les Français– il nous offre un point de vue interne et engagé sur une partie importante de notre mémoire collective, et une collection musicale «  prête-à-danser » faite d'ingrédients des quatre coins du globe. Et si les claviers, les orgues, les guitares et basses électriques ont donné un renouveau à la forme ; l'intention elle est restée inchangée, universelle et efficace : changer le tourment en gaieté.

Chroniques - par Axel Delabrosse - 30 juin 2017


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