Ifriqiyya Electrique, Rûwâhîne (Glitterbeat / Differ-Ant)


Ifriqiyya Electrique est hors norme. Un projet singulier où les djinns tutoient, percutent et clashent les pires démons rencontrés chez le Horla de Maupassant.
Pour planter le décor, Ifriqiyyah était le territoire, qui à l’époque médiévale, englobait la Tunisie actuelle, ainsi qu’une partie de l’Algérie et de la Libye : plus ou moins les frontières de l’ancienne province romaine d’Afrique.


Pourquoi, électrique ? Car l’enjeu du projet est de faire communiquer les démons avec les ordinateurs et les guitares électriques ; François R. Cambuzat et Gianna Greco rivalisent de maestria sur ce plan et recomposent avec Tarek sultan, Yahia Chouchen et Youssef Ghazala des cérémonies et rituels, héritages reçus des anciens esclaves noirs vendus en Tunisie, il y a des siècles. Pour nous transporter de l’autre côté, Les tchektchekas s’entrechoquent et s’entremêlent avec les fulgurances des accords de guitares. « Stombali baba alaia », morceau au cours duquel, les deux instruments se font écho pour prendre possession de nos âmes et de nos corps est une parfaite illustration de cette recherche de transe.


Les chants qui entrent en scène, ce sont les guides dans ce furieux voyage, fusion, entre animisme et islam. Ils transcendent et libèrent « les patients » sans ordonnance. Puissants et répétitifs comme autant de sortilèges ou d’exhortations salvatrices. Le morceau de clôture de l’album, le lumineux et solaire « Sidriiya » fait contraste avec le titre « Laa la illa allah » qui amorce l’aventure et donne un ton sombre, avec des percussions martiales et des voix brutes et rauques presque inquiétantes.


Post rock, électro basée sur l’improvisation, musique de transe de la communauté de la Banga ou hip hop (le morceau « Annabi mohammad » laisse place à des scratches et des effets bougrement efficaces), l'empreinte de Rûwâhîne est forte et originale. Rage against the djinns, pourrait être l’autre nom de ce projet qui se décline en un album et un road movie. C'est le diable au corps, de manière compulsive et sans détours que vous vous enivrerez de cette atmosphère fantastique, sauvage et libératrice.

Chroniques - par Yannis Kablan - 26 mai 2017

François R. Cambuzat (guitares, voix, ordinateur), Tarek Sultan (chant, tabla, tchektchekas), Yahia Chouchen (chant, tabla, tchektchekas),  Youssef Ghazala (chant, tchektchekas), Gianna Greco (basse, voix, ordinateur)


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