Dona Onete, Banzeiro (Mais Um Disco)

Comment rester de marbre face à un tel déluge de rythmes hypnotiques aux sons acides des guitares électriques et des tambours en dépit d’un manque évident de subtilités, pour ne pas se laisser aller à parler de vulgarité ? Le risque est grand d’être taxé de grincheux qui crache dans la soupe des musiques populaires actuelles de Belem do Para. Alors, tirons d’entrée de jeu la synthèse : les musiques énervées des premières plages,  comme si tous les intervenants étaient sous l’emprise de la cocaïne, finissent par s’insinuer dans les neurones, avant un lâcher- prise de fatigue.  


Comme dans le reste du monde, on ne peut que noter l’accélération des rythmes pour faire monter la pulsation cardiaque et l’ivresse festive, comme s’il s’agissait de répondre aux exigences de l’instantanéité des médias et du monde actuel. Quitte à perdre de la saveur. Et à s’éloigner de la noblesse des musiques populaires qui coulèrent dans toute l’Amérique Latine jusqu’au début des années 1980.


Malgré les ans qui passent, Dona Onete – Madame Onete ; «  Dona » est une marque du respect dû à l’âge -  de son vrai nom Lonete da Silveira Gama, née il y a 83 ans dans l’intérieur des terres au climat équatorien de l’Etat du Para, dans le nord du Brésil, a gardé une puissante voix grave arrosée de cachaça, une vitalité à toute épreuve, une énergie sans faille, un sens de la gouaille populaire. Elle fait immanquablement penser à la trinidadienne Calypso Rose dont elle partage la vitalité, le sens de la communauté et une bonne dose de vulgarité. Comme la chanteuse trinidadienne qui perpétue le genre calypso lors des carnavals, Dona Onete a créé des groupes carnavalesques et des compagnies de danses folkloriques au point d’être cataloguée comme «la diva do carimbo chameagado». Elle urbanise les rythmes ruraux traditionnels de l’Amazonie, le Bumba – Meu – Boi et le carimbo, tout en faisant souventappel à des accents du frevonordestin («Tipiti», plage qui ouvre le disque) pour dégager une mixture finale de musique brega. 

Pour les brésiliens, la musique brega est la musique un peu ringarde des balloches où tous les genres se mélangent, du romantisme le plus sirupeux («Proposta Indecente», «Cuando Eu Te Conheci», «Sonho de Alolescente»), aux danses les plus endiablées des  gafieirasdu samedi soir. Son économie vocale, tout en«chanté –parlé» est très brésilienne et les paroles des chansonsdisent le quotidien des quartiers pauvres : «tu peux m’appeler sur mon portable», «no meio da malandragem». On ne cachera pas notre préférence pour les disques déjà anciens de Jackson do pandeiro ou de Clementina de Jésus mais il est impossible de passer sous silence la présence magnétique de Dona Onete.


Banzeiro est son second disque et il est paru sur le label anglais de Lewis Robinson Mais Um Disco  qui a le mérite de faire découvrir des artistes comme le musicien de Recife Siba Veloso ou des groupes venus de Sao Paulo comme Meta Metaou de Rio comme l’excellent Orquestra Imperial de Rodrigo Amarante

Chroniques - par Philippe Lesage - 9 avril 2017


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