Omar Sosa & Seckou Keita, Transparent Water (World Village / Harmonia Mundi )

Transparent Water symbolise la rencontre, et non la confrontation. L’alliance de Seckou Keita, multi-instrumentiste sénégalais, et Omar Sosa, maitre du piano cubain, aboutit à un album de sérénité, où l’harmonie et la paix sont les maîtres-mots. Dès l’ouverture, avec « Dory », on sent une volonté de lâcher-prise. La kora de Seckou tourne en boucle, laisse le piano en improvisation totale. Les dialogues entre Keita et Sosa, relativement éphémères, laissent bientôt place à d’autres instrumentistes de qualité.


Puissant, le chant de Seckou, guide notre oreille, nous emportant vers ses souvenirs d’enfance, en particulier avec des titres dédiés à son père et son fils, avec une nostalgie, emprunte de lumière. Et la notion d’héritage et d’hommage se confond avec une volonté d’avancer, d’innover. Morceau fort de l’album, « Fatiliku » laisse s’exprimer la voix de Seckou, qui devient conteuse. Elle se mêle peu à peu à celle d’Omar Sosa, pour ne former plus qu’une et sublimer une convergence culturelle, musicale, et humaine avant tout.  Au fil de l’album, l’éventail musical s’élargit, et le duo se voit complété à merveille.  


Dans « Black Dream », l’addition du sheng, instrument chinois ici mené magistralement par Wu Tong, surprend. Sommairement appelé « orgue à bouche », alors que c’est un instrument à anche libre, le sheng ajoute une couleur singulière et nous guide au carrefour de trois continents.

L’exploration du répertoire traditionnel, en harmonie avec l’univers plus moderne de Sosa, nous plonge dans un songe musical. Le nagada, instrument indien ayant secrètement, selon la légende, des vertus « boosteuses d’énergie » où le koto japonais , au jeu de cordes enlevé dans « Another Prayer », viennent compléter l’ensemble recherché et équilibré que Seckou Keita et Omar Sosa ont initié.


Le léger bruit de l’eau, en fond et présent dès le premier morceau, est notre fil conducteur. Il atteint son point culminant avec « Oni Yalorde » et « Moro Yeye », respectivement en duo et trio. Ces deux créations oscillent entre une atmosphère de berceuse méditative et de prière solennelle. Le jeu ornementé du bawu, autre instrument à vent chinois méconnu de la scène occidentale, rend cette adoration complète, en incarnant la voix paisible de la déesse de la rivière Yoruba, Ochun. Le thème, soutenu et ondulant, expriment l’amour, la prospérité et à l’apaisement.

Enfin, « Thiossane », clôt la boucle d’association des deux artistes, mais n’y met pas un terme définitif. On a l’impression que la fin n’en est pas une, tant elle est ouverte, poétique, et ne referme pas cette longue discussion.

Omar Sosa : grand piano, marimba, Fender Rhodes, sampler, microKorg, vocal- Seckou Keita : kora, djembe talking drum, sabar, vocal - Gustavo Ovalles : bata drums, culo’e puya, clave, maracas, guataca, calabaza - Featuring : Mieko Miyazaki : koto -  Wu Tong : sheng, bawu Mosin - Khan Kawa : nagadi - E’Joung-Ju : geomungo -  Dominique Huchet : bird EFX

Chroniques - par Noumia Nawell Boutleux - 6 avril 2017


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