Diego El Cigala, Indestructible (Sony)


Du rire, de la joie, des danses endiablées avec les colombiens du Cali Salsa Big Band ; avec les cubains de Los Munequitos de Mantanzas ;  mais aussi de l’émotion et des sanglots ravalés avec le pianiste Gonzalo Rubalcaba et ses compères cubains Horacio « el Negro » Hernandez (batterie), José Armando Gola (basse) et Richard Bravo (conga) sur «Conversacion en tiempo de bolero» de l’excellent compositeur qu’était René Touzet ou en duo piano/voix (« Como Fue »). C’est presque une cartographie de l’âme de l’Amérique du Sud mais revue et corrigée par une voix gitane que nous livre le bel album Indestructible de Diego El Cigala.

Diego Ramon Jimenez Salazar, que ses frères appelaient El Cigala, est le chanteur de flamenco le plus en vue de la dernière décade. Né à Madrid, il y a 48 ans, d’un père qui s’adonne au chant flamenco dans les «  tablaos » de la capitale et d’une mère sœur du fameux chanteur Rafael Farinha, il enregistrera de beaux albums avec, entre autres, Paco de Lucia (le live Vuelve el flamenco ), Tomatito et Diego del Porao. Mais c’est surtout avec l’album Dos Lagrimas où il dialogue avec le pianiste et compositeur cubain vétéran Bebo Valdes qu’il acquiert une notoriété internationale.


Même si le mouvement dénommé «  Ida Y vuelta » (aller et retour entre l’Espagne et les ex colonies ; interpénétration réciproque des rumbas, tangos et habaneras) caractérise depuis des lustres les liens entre le flamenco et la musique cubaine en particulier et les musiques d’Amérique latine en général, « c’est en travaillant avec Bebo Valdes, confie Diego El Cigala, que je suis vraiment entré en contact avec le monde de la salsa ».
Il n’est donc pas étonnant qu’il ait souhaité, à un moment clé de sa vie et de sa carrière, se confronter aux partitions classiques du genre musical qui a été dénommé dans les années 1960/80. Assisté de son pianiste Jaime Calabuch, il est parti enregistrer à Cali en Colombie, à Puerto Rico, à La Havane et à Punto Cana en République Dominicaine (où il réside désormais) des thèmes devenus intemporels du Fania Records Songbook («Periodico de Ayer», «Juanito Alimana», «El Raton»). En une pure modestie artistique mais aussi avec l’immense fierté de les réunir à nouveau 25 ansaprès, il a lancé des invitations à d’anciennes gloires du genre. Et mon dieu, quel feu, quelle intensité recouvrée (« El Raton») sous les doigts du pianiste Larry Harlow, du bassiste Bobby Valentin, du conguero Roberto Roena, du trompettiste Luis Perico Ortiz et du guitariste Jorge Santana (oui, le frère de Carlos) !


Il reprend le thème de Ray Barreto«Indestructible»  qui est une chanson sur la séparation amoureuse mais en détourne le sens après la mort de sa compagne Amparo, en août 2015 : même si on s’effondre, même si on coule comme une motte de beurre dans la chaleur, il faut se montrer indestructible.


Bien sûr, un bel hommage de la plume de Jumitis («Fiesta para Bebo») et en compagnie de Los Munequitos de Matanzas est rendu à Bebo Valdes. Mais on relève aussi «Se nos rompio el amor», un thème fétiche de la chanteuse espagnole Rocio Jurado . Autres grands instants de l’album : les boléros romantiques«Como Fue» (en duo voix/piano) et «Conversacion en tiempo de bolero » (en quartet) avec Gonzalo Rubalcaba. Le chanteur Oscar de Leon est présent sur « El paseo de Encarnacion »). Que dirait la fourmi à la cigale de Jean de La Fontaine : «  eh bien dansez maintenant ! ». Certes, mais pour rester indestructible.

Chroniques - par Philippe Lesage - 12 mars 2017


Autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out