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Gili Yalo, Gili Yalo
(Dead Sea Recordings)

Entre programmation techno pointue, expérimentations électroniques (Yudko), jazz virtuose (Avishai Cohen, Yaron Herman, Shai Maestro) et new soul inspirée (Buttering trio), nul ne peut douter qu’un vent de créativité souffle sur « l’autre rive ». La nouvelle scène israélienne recèle décidemment bien des surprises !

Est-ce celui qui porte également Gili Yalo, et son album au groove éthiopien revisité ? Le chanteur nous livre un opus aussi explosif que sa coiffure, nourri et sur-vitaminé de plans de guitare crunchy, de sons de synthés vintage, de lignes de basses afro, d’influences pop, et reggae, et orientales, et folk… un vrai feu d’artifice !

Gili est originaire d’Ethiopie, et a été bercé aux rythmes de l’Afrique, avant de fuir avec ses proches la famine, traversant le désert pour se réfugier au Soudan, puis être conduit en Israël. Ce périple, que des milliers ont connu avec lui (dans le cadre de la fameuse Opération Moses, dont traite notamment le film franco-israélien Va, vis, et devient ), a forgé sa personnalité et sa musique. Son album en témoigne, vibrant hommage au partage des cultures, dans lequel il reprend entre deux compositions personnelles des titres de Nadav Peled, compatriote exilé aux USA, de Neway Debebe, chanteur éthiopien ayant migré en Amérique du Nord pendant 16 ans avant de revenir sur sa terre natale, ou de Rotem Bar Or, guitariste israélien ayant vécu longtemps en Europe avant de revenir fonder son groupe The Angelcy à Tel Aviv. L’exode est au cœur de sa musique, de son inspiration, et ce sont les enfants et les habitants de son village en Ethiopie qu’il met en scène et fait danser dans le clip de son premier single issu de l’album, « Selam ».

Cet opus au titre éponyme s’ouvre sur une rythmique afro que cisèlent guitare et cuivres sobres et efficaces, et il est difficile de ne pas se laisser happer par cette tournerie hypnotique aux sonorités 70’s ! La cohésion des musiciens est évidente, les arrangements intelligents, et cette première piste laisse augurer du meilleur.

Mais apparaissent alors les mélodies pop du chant clair de Gili, qui se situent souvent à la frontière du mièvre - de ces mélodies qui vous tirent par la manche, en vous susurrant « allez vient, on va danser », à grand renfort de percussions accentuant les syllabes scandées, à grand renfort de synthé lo-fi, de refrains repris en chœurs, le tout se noyant dans une réverbération sans fin. Les morceaux s’enchaînent, de rythmes binaires en thèmes immédiatement familiers, qui laissent l’agaçante sensation  que l’on éprouve en regardant un film que l’on a déjà vu mais dont on ne se souvient des images qu’au fur et à mesure…. Bien sûr de belles découvertes parsèment la traversée du désert, « City Life », un reggae plus incisif, « Fire » et son refrain aux accents 80’s sur des rythmes éthio-funk qui est une vraie réussite, « T’Ebik’Ew », composition plus sophistiqués, à l’ambiance moins attendue, avec ses mélodies orientales qui se perdent dans les circonvolutions d’un synthétiseur inspiré. Mais l’opus se referme à nouveau sur un dernier titre aux envolées lyriques laborieuses, assénées implacablement, au format d’un hymne pour stade de foot destiné à enflammer les foules.

Cet album très inégal nous laisse paradoxalement sur notre faim, malgré la quantité des ingrédients que le chanteur a choisi d’y incorporer. Espérons que ces multiples influences enfin digérées, Gili Yalo nous revienne pour une œuvre plus aboutie et personnelle, car il ne fait nul doute que ses capacités vocales et la qualité des musiciens dont il a su s’entourer pourraient être mieux exploitées !


Gili Yalo, voix ; Sefi Zisling, trompette ; Amir Sadot, basse ; Yonatan Albalak, guitare ; Ben Aylon, percussions ; Noam Havkin, clavier

Chroniques - par Xavier Leblanc - 17 novembre 2017


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