Rocio Marquez, Firmamento


Le duende, cette sensation de crâne fendu de plaisir décrite dans un joli petit essai par Federico Garcia Lorca, on la ressent intensémenttout au long de Firmamento, le dernier album enregistré en public par la jeune (32 ans) chanteuse andalouse Rocio Marquez qui, comme Paco de Lucia, n’est pas gitane. L’exigence mise en œuvre, la rareté du propos, la lecture personnelle du flamenco et l’étrangeté du climat sonore ainsi que la beauté du chant font le sel de ce disque qui file le frisson.

Rocio Marquez exploite un répertoire inédit de ses propres compositions et choisit de se faire accompagner par un trio dont l’instrumentarium sort des chemins battus et des codes établissans que cela déroge à l’esprit si particulier et fondamental du flamenco.  Qu’a-t-il de si particulier ce trio du nom de Proyecto Lorca ? Tout simplement d’être composé d’un saxophoniste, d’un pianiste et d’un percussionniste très créatif, soit une formation rarement usitée dans le flamenco et qui pourtant s’inscrit avec aisance dans l’histoire du genre. Après la plage d’ouverture qu’il faut vite oublier, on navigue loin du flamenco-fusion et on aborde parfois aux rives d’influences jazz venues de John Coltrane (son album Olé) et du Charlie Haden Liberation Music Orchestra(l’album de 1969 qui tourne entre autres autour des chansons de la guerre civile espagnole) pour plonger dans un monde incantatoire aux mélismes envoutants. Quelque chose qui ne manque pas de faire penser au fond tragique illuminé d’espoirs, à la véracité et à la profondeur défendues naguère par la grande chanteuse sévillane Nina de Los Peines.


L’acmé de l’album réside dans la longue «  Suite » en trois mouvements autour des chansons de Federico Garcia Lorca, le poète qui était aussi compositeur et fervent défenseur des chants populaires et du Cante Jondo. C’est surprenant, parfois emphatique, toujours passionnant et d’une beauté magique. La première Suite tourne autour d’une nana (berceuse) mais il y aura une citation de Chostakovitch et du Olé de Coltrane. Le répertoire visite aussi des milongas, des caracoles et des seguidillas, en une lecture actuelle qui n’oublie pas les racines musicales profondes.

Rocio Marquez se présentera au Théâtre des Abbesses le 7 novembre prochain. Un concert à ne manquer sous aucun prétexte.

Chroniques - par Philippe Lesage - 5 octobre 2017


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